Si vous n’avez pas encore fixé votre bonne résolution santé pour cette année 2026, je vous en propose une : éviter de prononcer des mots ou des phrases qui préparent les maux. Ou plutôt : repérer dans votre vocabulaire et dans vos expressions coutumières les mots qui traduisent un ressenti corporel négatif et qui trahissent ainsi un stress émotionnel potentiellement pathogène. Si vous me lisez régulièrement ou si la Médecine Nouvelle du Dr Hamer vous est familière, vous savez en effet que ce ne sont pas les événements stressants qui rendent malades mais bien la façon dont on les ressent en fonction de son histoire personnelle. Il est donc important d’identifier les émotions « maladisantes » en prenant conscience des mots qui les expriment.
Un exemple tout simple : lorsque quelqu’un vous dit qu’il en a « plein le dos » ou qu’il en marre d’avoir « tout sur le dos », vous pouvez être sûr qu’il souffre déjà de dorsalgies ou qu’il se prépare un bon gros lumbago. Son langage verbal reflète ce qui se trame dans ses vertèbres. La question qui se pose est évidemment de savoir si le verbe précède le ressenti ou s’il en est la conséquence. C’est l’éternel dilemme de l’œuf et de la poule. Pour moi, c’est un faux débat car il est impossible de trancher, tant la cause et l’effet semblent s’entremêler en boucles rétroactives. Dans l’ignorance, il me paraît sage d’envisager que les mots peuvent participer à l’éclosion des émotions et faire ainsi le lit des maux.
Une deuxième question va forcément germer dans votre esprit : est-ce un bien ou un mal de dire tout haut ce qui va mal ? Après tout, le Dr Hamer lui-même estimait qu’une pathologie ne peut éclore que dans le « silence et l’isolement », autrement dit dans la situation où le futur malade s’interdit ou est dans l’impossibilité de parler de son conflit. Selon une formule qui fait florès chez les psychosomaticiens (« Ce qui ne s’exprime pas s’imprime »), l’idée est d’ailleurs très répandue qu’il faut verbaliser ce qui nous tourmente pour ne pas somatiser. Ce n’est certainement pas faux, mais à condition d’avoir bien conscience des mots qui sortent de notre bouche et de leur portée conflictuelle ! Si c’est inconscient et hors cadre thérapeutique, la maladie et son émotion correspondante vont à mon sens se nourrir des expressions lâchées par inadvertance.
Le chauve qui s’arrachait les cheveux
Un exemple assez frappant pour bien me faire comprendre : naguère, j’avais un employé qui ne cessait de me dire qu’il « se cassait la tête » pour résoudre nos fréquents soucis informatiques. Et lorsqu’il avait résolu un problème, il était tout fier de m’expliquer qu’il lui avait fallu « s’arracher les cheveux » pour identifier son origine et pour y remédier. Le hic, c’est que ce collaborateur quadragénaire était chauve comme le Mont Ventoux et n’avait quasiment plus aucun poil sur le caillou ! Je lui ai fait remarquer l’incongruité de son tic verbal mais ça ne l’a pas empêché de continuer à s’arracher les tifs qu’il n’avait plus.
Dans ses souvenirs, il avait toujours employé cette expression pour signifier qu’il peinait à résoudre un casse-tête. Selon toute vraisemblance, il était donc toujours jeune et chevelu lorsqu’il a commencé à en faire couramment l’usage. Est-ce un hasard si son crâne s’est rapidement dégarni pour ressembler précocement à une boule de billard ? Je ne crois pas, non. L’expression « s’arracher les cheveux » date du XIXe siècle et elle vient d’une métaphore gestuelle : se tirer les cheveux est en effet un symptôme d’angoisse ou d’exaspération observé par les premiers psychiatres et psychologues chez leurs patients psychiquement perturbés.
Dans son sens imagé, elle ne signifie pas un acte littéral d’arrachage mais elle symbolise une détresse si intense que l’on souhaiterait se défaire de ses pensées en agissant physiquement sur l’encéphale. Parfois, le stress psychique est tellement irrépressible que l’individu éprouve le besoin compulsif de s’arracher concrètement les cheveux : ça s’appelle la trichotillomanie. Pour la soigner, c’est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) qui semble le mieux marcher. Cette approche consiste à prendre conscience du geste et à développer une manière alternative de gérer le stress.
Mon employé n’était pas trichotillomane et ses cheveux sont tombés tout seuls. On peut néanmoins supposer que sa boule à zéro est la rançon de son anxiété chronique et que son vocabulaire a favorisé la progression de sa calvitie puisque l’émotion sous-jacente n’était pas conscientisée. Je suis pour ma part persuadé que les mots contribuent à l’installation des maux et qu’il faudrait soigneusement éviter de recourir aux expressions malencontreuses qui renforcent le ressenti émotionnel pathogène au lieu de le neutraliser.
Quelques autres mots à maux
Ma conviction s’appuie sur quelques observations dans mon entourage. J’ai notamment connu un type qui se plaignait constamment de devoir se « casser le cul » sans que ses efforts lui valent reconnaissance et gratitude. Il a développé des fistules anales, puis un cancer du rectum et il en est décédé. Une autre de mes connaissances disait souvent qu’elle en avait « plein le cul » de certaines choses ou « ras le cul » de certaines personnes. En toute logique psychobiologique, elle a somatisé ce mal-être par des hémorroïdes, varices rectales qui ont justement pour effet d’encombrer l’anus.
Un de mes bons copains avait coutume de manifester ses inimitiés professionnelles en disant « qu’il ne pouvait pas blairer » ou « piffer » tel ou tel collègue. Il ne faut pas être expert en décodage biologique pour deviner qu’il était sujet aux sinusites répétitives. Une fois, j’ai entendu un de mes co-équipiers de football raconter que son supérieur hiérarchique était tatillon, était toujours derrière lui et lui « cassait les pieds ». Quelque temps plus tard, on lui diagnostiquait une fracture de stress et il se retrouvait le pied dans le plâtre. J’ai songé qu’il valait mieux ça que subir le harcèlement d’un casse-couilles….
Mais c’est surtout en m’observant moi-même que j’ai forgé ma conviction que les mots mal choisis ouvrent la voie aux maux. Il y a 3 ou 4 ans, j’ai pris conscience que j’utilisais très souvent l’expression « c’est chiant » ou « ça me fait chier ». Or il se fait que je suis le contraire d’un constipé, que mon transit a toujours été (trop) rapide et mes selles (trop) molles. En outre, j’ai remarqué que les épisodes de diarrhée avaient tendance à gagner en fréquence. Croyez-moi ou non, mais les choses ont changé depuis que je surveille mon vocabulaire et que j’évacue les images scatologiques : sauf excès alimentaire ou alcoolique, je ne vais plus à selle qu’une fois par jour et mes productions fécales ont nettement gagné en consistance, ce qui est le signe d’un meilleur équilibre gastro-intestinal.
Est-ce de l’auto-persuasion ? Un effet placebo ? Toujours est-il que le ralentissement de mon transit a coïncidé avec ma résolution de contrôler mon langage et d’exprimer autrement mon agacement. Le problème, c’est que je me rabats alors sur une autre expression comme « ça m’énerve », « c’est énervant » ou « ça me tape sur les nerfs ». Or selon la théorie hippocratique des tempéraments, je suis déjà de type nerveux. Cela comporte des avantages (créativité, sensibilité, rapidité de pensée et de mouvement…) mais aussi de sérieux inconvénients puisque ce terrain est propice aux affections cutanées, aux ulcères et bien sûr à l’épuisement nerveux, voie royale vers les troubles neurologiques.
Plutôt que de me fabriquer une sclérose en plaques, un Alzheimer ou une maladie de Parkinson, j’ai donc décidé pour cette année 2026 de moins m’énerver et de supprimer les mots pouvant affecter mon système nerveux. Comme résolution de l’An Neuf, je me suis promis de qualifier désormais les sources d’énervement – du latin enervare (priver d’énergie, affaiblir) – par des épithètes comme « ennuyeux », « enquiquinant » ou « fatigant ». Ce dernier mot fait déjà partie de mon lexique habituel et je l’ai beaucoup employé ces dernières années. L’extrême crédulité de mes contemporains et leur soumission insensée à l’autorité m’ont en effet mentalement fatigué. Maintenant que je suis semi-retraité et que je peux me reposer quand je veux et autant que je veux, je sens bien que cette fatigue est moins problématique et que je peux la ressentir à ma guise sans (trop) me nuire.
Stop à l’automalédiction !
Parmi les locutions que je soupçonne de faire énormément de tort à soi-même, il y a bien sûr un grand classique : « Ça me rend malade ». C’est fou le nombre de gens qui prononcent ces quelques mots à tout bout de champ et qui ne semblent pas se douter qu’ils peuvent effectivement impacter leur santé. C’est le fameux phénomène de la prophétie autoréalisatrice, c’est-à-dire d’une prédiction qui, du simple fait d’être formulée, finit par se réaliser en modifiant les comportements des individus. Initialement théorisé par le sociologue Robert Berton, ce concept de sciences sociales et de psychologie illustre comment les croyances et les attentes peuvent transformer la réalité dans un sens positif (effet Pygmalion) ou négatif (effet Golem).
Le premier effet est bien connu : il a été amplement exploité dans les milieux du coaching et du développement personnel sous les appellations de « pensée positive », d’« imagination créatrice » ou de « loi de l’attraction ». Le principe consiste à se répéter mentalement ou vocalement les bonnes choses qu’on souhaite voir se produire dans sa vie. On peut situer l’origine de cette stratégie dans les découvertes d’Émile Coué et de sa célèbre méthode : en prononçant régulièrement la phrase « Tous les jours, à tout point de vue, je vais de mieux en mieux », les patients du brave pharmacien français parvenaient réellement à augmenter leur bien-être psychique et physique. Au cours du XXe siècle, la technique a été perfectionnée sous les noms d’« autohypnose » ou d’« autosuggestion consciente ».
Aux États-Unis, la psychologie comportementaliste va beaucoup plus loin et elle obtient des résultats inouïs en incitant les malades à se comporter comme des bien-portants. Il ne s’agit plus seulement de penser positivement ni de s’autosuggestionner, mais d’agir concrètement pour provoquer du changement dans le corps comme dans l’esprit. Les succès et victoires parfois incroyables de cette approche ont été racontées en 2013 par le psychologue américain Richard Wiseman dans son livre « Jetez-vous à l’eau ». C’est en effet en se jetant à l’eau qu’on apprend à nager et c’est aussi en modifiant ses comportements qu’on peut enclencher des guérisons. Dans cet ouvrage, Wiseman raconte par exemple comment des dépressifs sévères ont pu se sortir d’affaire en s’habituant à redresser les épaules, à relever la tête et à sourire. Faire comme si tout allait bien, c’est déjà aller mieux car le cerveau inconscient ne fait pas la différence entre le virtuel et le réel. Le Dr Claude Sabbah, concepteur de la Biologie Totale des Êtres Vivants, résumait ce phénomène psychosomatique par la formule « Comme si, c’est ». Autrement dit, on peut faire advenir le meilleur en faisant comme s’il était déjà arrivé ou en se convaincant qu’il arrive. La conviction absolue, disait-il, est la clé essentielle de la guérison.
Dans le sens inverse, l’effet Golem nous rappelle qu’on peut se gâcher la vie à force de pessimisme et de dévalorisation. Si les professeurs ne croient pas à la réussite d’un élève, il aura plus de risques de connaître l’échec. Si un entraîneur doute des capacités de son poulain, ce dernier sera moins performant. Si les médecins ne pensent pas que leurs patients peuvent guérir, ceux-ci guériront moins souvent. Tout ça est prouvé scientifiquement par des études. Or il est évident que le sabotage n’est pas l’apanage de l’entourage : le premier saboteur et le plus efficace se situe en nous-mêmes. Dans nos actes, nos pensées, nos croyances et nos paroles. Si l’on croit et qu’on affirme que quelque chose ou quelqu’un nous rend malade, il y a de grandes chances que cela se produise.
En tenant de tels propos, c’est un peu comme si l’on se jetait un sort ou lançait une malédiction à soi-même. Entre le « mal dit » et la maladie, il y a davantage qu’une coïncidence phonétique. C’est pourquoi il est probablement important de faire la chasse aux expressions potentiellement pathogènes et d’éliminer de son vocabulaire les mots évoquant des maux. À mon humble avis, ce ne sont pas seulement les symptômes d’un mal-être mais c’en sont les vecteurs. Des grains de sable qui peuvent enrayer notre machinerie corporelle ou de funestes étincelles capables de bouter le feu à notre organisme. Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà observé chez vous ou chez autrui des habitudes de langage qui prenaient pied dans la réalité ? Avez-vous déjà repéré d’autres expressions malheureuses qui s’imprimaient sous forme de pathologies ? Ma résolution de l’An Neuf vous paraît-elle fondée ou saugrenue ? Je suis curieux de lire vos réactions en commentaires de cette infolettre.
Yves Rasir
Depuis que je n’utilise plus ces expressions , genre ça me fait péter les plombs, ça me tue , ça me fait chier, plein le cul , ça va me faire faire une crise cardiaque, je peux pas me le puer , ça me fout la rate au court-bouillon, je vais faire une crise d’apoplexie si ça continue et j’en oublie ainsi que tous ceux que vous avez cités…. Ça va beaucoup mieux dans un sens général! J’en utilise d’autres qui ne se retournent pas contre moi. Une fois qu’on a compris que le verbe est VRAIMENT créateur on fait gaffe.
Grand merci Mr Rasir pour cet excellent aperçu de la connexion de nos mots à nos maux. C’est très utile pour partager à mes connaissances étant déjà convaincu moi-même de ce mécanisme.
En guise de contribution, étant médecin, j’ai constaté que le départ à la retraite causait et cause plein de soucis de santé aux gens à côté des autres soucis relationnels et sociaux.Un bon nombre décèdent dans les premières années qui suivent ce départ. Ce mot retraite m’a paru plein de connotations négatives , tel retrait de l’activité donc retrait de la vie , être et aller en retrait… C’est un mot à bannir et il est impératif de lui retrouver une autre désignation. J’y ai travaillé et trouvé la parade. Au lieu de dire « retraite », on peut dire plus correctement » fin de contrat « . On a fini un contrat avec un employeur par exemple, et on est libre de contracter un autre contrat ou pas avec une autre activité.
Le regard et les yeux des personnes retraités que je rencontre changent immédiatement et deviennent plus luisants et presque joyeux. Une sorte de soulagement et bon nombre m’en remercient.
Pour remplacer les termes de nervosité et éviter les maladies neurologiques, vous avez choisi Mr Rasir d’autres mots qui sont à mon sens tout aussi impactants « ennui’ « fatigue »..
Si quelqu’un me « fatigue », par exemple, je me dis qu’il a choisi d’être con, je ne peux rien y faire. J’ai autre chose à faire. M’occuper de moi-même ou aller planter un arbre…
Très bonne année et bonne continuation.