Dans mon infolettre du 23 octobre 2024, je préconisais de soustraire quatre organes à l’interventionnisme des chirurgiens : les amygdales, l’appendice, la vésicule biliaire et le thymus. Ces quatre parties du corps humain remplissent de précieuses fonctions et il est aberrant de procéder à leur résection au prétexte qu’il est possible de s’en passer. Quand il n’y a pas urgence vitale à manier le scalpel, la médecine devrait renoncer à cette méthode radicale et faire en sorte de préserver l’intégrité corporelle des patients. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait en renonçant de plus en plus à opérer de l’appendicite, stratégie avantageusement remplacée par une cure d’antibiotiques.
Il y a un an et demi, j’avais pensé mentionner une cinquième intervention chirurgicale à l’utilité discutable, voire hautement contestable : la circoncision. Je ne l’ai pas fait parce qu’à l’exception notable des États-Unis, cette pratique est complètement passée de mode dans les pays occidentaux. Au siècle dernier, il était très courant d’opérer les enfants sujets au phimosis, c’est-à-dire à un rétrécissement transitoire du prépuce empêchant de décalotter le gland et censé favoriser les infections. Parce que j’urinais légèrement de travers, je suis moi-même passé sur le billard quand j’avais 4 ou 5 ans, mon frère aîné aussi, et nous avons plein de copains qui ont subi le même sort dans les années 60 et 70. Aujourd’hui, ce geste médical est devenu beaucoup plus rare.
Quand un diplomate trumpiste pète les plombs
Si elle n’est plus guère pratiquée pour des raisons de santé, la circoncision reste cependant très ancrée dans les traditions religieuses. Selon les estimations actuelles, quelque 30 % de tous les hommes à travers le monde, soit 670 millions d’individus masculins, sont circoncis. Environ 68 % sont de confession musulmane et 1 % de confession juive. Le Judaïsme exige la circoncision au 8ème jour, l’Islam la recommande très fortement entre l’âge de 7 jours et 7 ans. En Europe, il y a donc chaque année des millions de (très) jeunes enfants à qui on charcute le zizi de manière rituelle aux fins de purification (Islam) ou en signe d’alliance avec Dieu (Judaïsme).
Cela se fait le plus souvent en clinique ou en centre médical spécialisé mais il arrive encore fréquemment que le rite soit accompli hors de toute structure hospitalière et sans sédation par des circonciseurs traditionnels appelés khatibs chez les Musulmans et mohels chez les Juifs. Dans nos pays, la loi impose toutefois la présence d’un médecin lors des cérémonies afin de parer aux risques d’hémorragie. Qu’elles se déroulent à la synagogue ou dans l’annexe d’une mosquée, ces prépucectomies ne peuvent avoir lieu sans assistance médicale potentielle. La législation est-elle correctement respectée ? Pas toujours apparemment puisque les autorités judiciaires d’Anvers ont ouvert récemment une enquête visant trois mohels soupçonnés d’avoir opéré seuls.
À la stupéfaction de la Belgique entière, il n’en a pas fallu davantage pour que l’ambassadeur américain à Bruxelles, un dénommé Bill White, entre dans une fureur noire et publie un communiqué surréaliste accusant notre plat pays de « persécutions antisémites » et appelant à mettre fin aux poursuites contre les mohels, ceux-ci posant à ses yeux des actes anodins pour lesquels « ils sont formés depuis des milliers d’années ». Quelle mouche a donc piqué le diplomate ? Ce fidèle soutien et ami de Trump ignore-t-il le principe de séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice dans un État de droit ? Pouvait-il ignorer que le parquet anversois a ouvert un dossier sur base de possibles infractions pénales et sans que la liberté de culte garantie par la constitution belge ne soit menacée d’aucune manière ?
Une fois n’est pas coutume, je suis ravi que mon gouvernement ait réagi vigoureusement en convoquant l’ambassadeur pour lui remonter les bretelles et lui reprocher son ingérence grossière dans nos affaires intérieures. Et au-delà de cette séquence pitoyable, je suis enchanté que la crise politico-diplomatique entre les USA et la Belgique conduise à ouvrir le débat et à s’interroger sur la circoncision rituelle. Cette pratique ancestrale n’est-elle pas le vestige anachronique d’une époque révolue ? Est-il acceptable que des nourrissons à peine âgés de 7 jours (Islam) ou de 8 jours (Judaïsme) soient ainsi maltraités ? Peut-on encore passer sous silence les conséquences de ce traumatisme infantile primal ? Comme vous pouvez le deviner, je vais maintenant mettre les pieds dans le plat et me positionner en adversaire résolu de l’ablation du prépuce. Oui, ce bout de peau mérite aussi d’être mis à l’abri des bistouris !
Le prépuce, organe purement sexuel
Tout d’abord parce qu’il ne s’agit justement pas d’un « bête » bout de peau. Comme l’explique cet article documenté, cette partie du pénis est une chair à double face incluant un muscle périphérique. Or une chair avec de la peau à l’extérieur, une muqueuse à l’intérieur et traversée de fibres musculaires, ça s’appelle une lèvre. Et les lèvres sont considérées comme des « organes frontières » des ouvertures du corps qu’elles protègent du frottement et de la dessiccation. Les plus connues sont bien entendu les lèvres de la bouche et celles de la vulve. Mais les paupières, l’anus, le capuchon du clitoris et même les narines sont également des lèvres, anatomiquement parlant.
Le prépuce est en quelque sorte à la verge ce que le sphincter est aux orifices anaux, labiaux ou vaginaux, à la différence près que le fourreau du gland est extrêmement riche en terminaisons nerveuses sensitives (plus de 20 000 !) sur ses deux faces. Il se distingue également des autres sphincters par le fait qu’il n’a aucune fonction vitale et que les hommes circoncis peuvent aisément vivre sans lui. Mais c’est précisément ces deux particularités – l’érogénéité et l’apparente superfluité – qui poussent certains scientifiques à envisager le prépuce comme un organe essentiel à finalité purement sexuelle. Il n’a aucun rôle dans la reproduction et ne sert qu’à fournir du plaisir, ce qui explique probablement pourquoi les religions l’ont très tôt pris pour cible.
Comme l’explique toujours ce texte, la circoncision est érotiquement dommageable car elle désensibilise le gland et complique la montée de l’orgasme, tant chez l’homme que chez la femme. Des sondages menés aux USA ont montré que les circoncis sont davantage susceptibles de recourir au Viagra et d’utiliser des médicaments contre le dysfonctionnement érectile. Selon une enquête chinoise, les circoncis seraient cinq fois plus affectés par l’éjaculation précoce mais cela semble assez contradictoire avec la perte de sensibilité et cela demanderait d’autres investigations pour être confirmé.
Ce qui est sûr, c’est que la circoncision ne consiste pas uniquement à découper un bout de peau excédentaire. Avec ce lambeau riche en cellules souches et faisant pour ce motif l’objet d’un commerce lucratif, les chirurgiens professionnels ou les circonciseurs rituels enlèvent aussi les glandes préputiales (ou glandes de Tyson), qui sont de petites glandes sébacées situées près du frein et produisant du smegma. Ce lubrifiant blanchâtre et légèrement odorant maintient l’hydratation de la peau, forme une barrière protectrice et abrite une microflore bénéfique. Si l’excroissance cutanée était vraiment superflue, la nature aurait-elle prévu un tel dispositif auto-hygiénique ? L’existence de ce mécanisme illustre au demeurant l’inanité du décalottage. Faire glisser le prépuce pour nettoyer et aseptiser le gland, ce n’est pas moins sot que dézinguer les flores buccales ou vaginales avec des produits de soin antibactériens.
Avantages douteux, ravages avérés
À l’origine, qui remonte au moins à l’Égypte des pharaons, la circoncision ne répond à aucun objectif sanitaire. C’est un rite initiatique de passage à l’âge adulte, une marque d’appartenance tribale ou un ersatz de sacrifice sanglant se substituant aux immolations d’enfants – les théories varient -, mais rien n’indique une motivation liée à un souci d’hygiène. C’est beaucoup plus tard, au XXe siècle, qu’on a attribué à cette coutume des avantages contre les infections ou contre les cancers génitaux. À juste titre ? Ce n’est pas ce que dit l’étude la plus sérieuse menée sur ce sujet.
S’agissant des infections urinaires, les chercheurs allemands évaluent que la réduction du risque est dérisoirement minime puisque celles-ci, très peu fréquentes chez les bébés, se soignent facilement avec des antibiotiques. Concernant le cancer pénien, il y a éventuellement un intérêt à retirer le prépuce mais ce type de tumeurs n’affecte qu’un homme sur 100 000, ce qui rend le bénéfice également insignifiant. Utile en prévention du sida, comme le soutient l’OMS ? Les études africaines montrant une diminution de la transmission du HIV sont truffées de défauts et elles ne concernent de toute façon que les hommes adultes hétérosexuels. Aux États-Unis, le taux de circoncision est très élevé alors que la prévalence du sida l’est aussi, ce qui déforce la prétention d’une protection. En conclusion de leur travail critique, les auteurs jugent que l’ablation du prépuce « ne présente aucun bénéfice médical », si ce n’est en solution du phimosis pathologique, lui aussi anecdotique.
Par contre, la nocivité de la prépucectomie est scientifiquement étayée. Sur son Substack, l’activiste américain Sayer Ji, fondateur du site GreenMedInfo et figure du mouvement MAHA, a récemment référencé une longue liste des effets secondaires dommageables : outre les fréquentes infections post-opératoires et l’impact négatif sur la fonction sexuelle, on y retrouve la sensibilité accrue à la douleur (les enfants circoncis manifestent notamment une plus grande souffrance lors des vaccinations), les perturbations du lien mère-enfant (troubles du sommeil, irritabilité, difficultés à nourrir…), l’altération des réponses physiologiques au stress, ou encore des conséquences psychologiques à moyen et long terme. Par exemple, une étude danoise de 2015 menée sur 342 877 petits garçons a révélé une corrélation très significative entre la circoncision rituelle et l’apparition de l’autisme.
Selon cette recherche, les enfants circoncis ont en effet plus de risques de développer avant 10 ans des troubles neurocomportementaux tels que l’hyperactivité, l’hyperkinésie et les troubles du spectre autistique (TSA). Pour cette dernière pathologie, le risque est quasiment doublé (+95 %) avant l’âge de cinq ans ! Voilà qui n’étonnera pas les praticiens en décodage biologique qui interprètent le TSA comme un réflexe archaïque de survie. Le sens limpide de cette maladie est de se réfugier dans une bulle mentale pour échapper à un monde extérieur ressenti comme agressif et cruel. Dès les années 80, le Dr Hamer décrivait l’autisme comme un « conflit de peur bleue ». Il est réjouissant que Robert Kennedy cherche aujourd’hui à objectiver le rôle des vaccins, des pesticides et de certains médicaments dans l’explosion du désordre autistique. Mais osera-t-il pointer le doigt vers le scalpel et la circoncision rituelle ? Vu la judéophilie débridée affichée par Donald Trump, ses autres ministres et ses ambassadeurs, on peut sérieusement en douter.
Une mutilation tragiquement traumatisante
Depuis Freud, qui était juif et circoncis, il est pourtant acquis qu’une pratique aussi barbare infligée à des jeunes enfants les traumatise profondément. L’inventeur de la psychanalyse comparait cette intervention chirurgico-religieuse à une « petite castration » et la considérait comme une source majeure de névroses. Bien qu’hostile au freudisme, le célèbre urologue et sexologue français Gérard Zwang a milité toute sa vie contre l’excision et la circoncision, qu’il assimile toutes deux à des mutilations abominables. Dans le dernier article qu’il a écrit sur le sujet, il estime que la circoncision systématique dénuée de finalité thérapeutique devrait toujours tomber sous le coup des lois réprimant les coups et blessures volontaires. L’équivalence entre les mutilations génitales féminine et masculine, c’est aussi ce que plaide le juriste suisse d’origine arabe Sami Aldeeb Abu-Sahlieh dans son remarquable ouvrage « Circoncision, le complot du silence »,
Outre-Atlantique, il y a beaucoup de psys et de médecins qui partagent cette indignation et qui réclament l’interdiction pure et simple de la circoncision. Parmi les détracteurs, c’est probablement le psychologue James W. Prescott qui se montre le plus virulent. Dans l’un de ses textes les plus engagés, il écrit que « pour l’enfant traité comme pur objet, la circoncision est une expérience de violence, douleur, terreur, abandon et impuissance au plus haut degré ». Pour lui, ce n’est pas un hasard si les cultures les plus tolérantes envers les mutilations génitales sont aussi celles où règnent encore des arriérations sociales comme l’esclavage, la polygamie, la torture ou l’infanticide. Un engrais pour l’inhumanité, la circoncision rituelle ? C’est la thèse provocante défendue par le psychanalyste Michel Hervé Bertaux-Navoiseau dans son livre « Violence et Circoncision ». Selon lui, les enfants terrorisés durant leur première semaine de vie deviennent à leur tour des adultes enclins à faire la guerre et à perpétrer des crimes terroristes, voire génocidaires.
Je ne sais pas si cette théorie tient la route mais elle a le mérite de bousculer les consciences. Personnellement, je n’ai jamais assisté à une circoncision rituelle. J’en ai seulement lu plusieurs récits effrayants, notamment celui de l’écrivain André Chouraqui dans son livre autobiographique « L’amour fort comme la mort ». Imaginez la scène d’horreur : le bébé de 8 jours est tailladé à vif avec un silex mal aiguisé, le sang gicle, le nourrisson hurle sa douleur tandis que l’assistance fait la fête et chante sa joie de l’accueillir symboliquement dans la communauté des croyants. Comment peut-on penser que pareille distorsion entre le vécu du mutilé et l’attitude de ses proches reste sans effet funeste sur un cerveau immature ? Comment peut-on croire qu’une telle agression consentie par ses père et mère ne laisse pas de trace psychopathogène chez le petit circoncis ? Lors de leur baptême, deux de mes trois filles ont pleuré lorsque le prêtre leur a versé un filet d’eau sur la tête, or une incision au couteau est autrement plus terrifiante…
Certes, les temps ont considérablement changé en Occident. Depuis deux ou trois décennies, le rite religieux est le plus souvent pratiqué sous anesthésie locale ou générale et avec des instruments plus adéquats. Dans les milieux les plus pieux, il est cependant notoire que des kathibs et mohels continuent d’officier sans endormir leurs victimes, ce qui a peut-être poussé la justice anversoise à enquêter. Quand bien même l’intervention serait indolore, qui peut affirmer qu’elle ne traumatise pas ? Au siècle dernier, le Dr Jean Gautier, un médecin français spécialisé en endocrinologie, a proclamé haut et fort que la circoncision précoce provoquait un véritable séisme hormonal via une glande méconnue, la génitale interstitielle. Selon lui, l’ablation du prépuce en période périnatale modifie brutalement l’équilibre glandulaire global et prédispose à certaines perversions sexuelles et/ou psychologiques. Ne serait-il pas opportun d’exhumer et de vérifier ses travaux ?
Pour ma part, je suis convaincu que le principe de précaution doit prévaloir et que les traditions obscurantistes consistant à mutiler les petits garçons ou les petites filles pour plaire à Dieu n’ont rien à faire en terres pagano-chrétiennes. Dans nos démocraties laïques, on pourrait à tout le moins obliger de les postposer après la puberté et exiger un consentement éclairé des jeunes gens acceptant d’être mutilés sans nécessité thérapeutique. À toute fin utile, je précise que l’antisémitisme et l’islamophobie sont aux antipodes de ma pensée.
Yves Rasir