Quand j’ai le bonheur de revoir mes filles, respectivement âgées de 33, 31 et 24 ans, je suis particulièrement heureux de contempler leurs magnifiques sourires. Elles ont une très belle dentition et peuvent compter sur moins de deux mains les quelques caries qui sont apparues dans leurs trois bouches. Moi, à 18 ans, j’avais déjà les molaires et prémolaires en gruyère, une fausse canine et des incisives amochées. Mon enfance a été plombée par de multiples séances chez le dentiste pour me fraiser les dents cariées et y faire couler des flots de mercure. Il m’a fallu longtemps pour remplacer tous ces plombages toxiques par des amalgames composites.
D’où vient que ma progéniture dispose d’une bien meilleure denture que la mienne et celle de leur maman ? Je pense que notre choix de confier nos enfants à un orthodontiste fonctionnel n’est pas étranger à leur bonne santé dentaire. En faisant travailler les muscles buccaux, les appareils amovibles font bien mieux que les bagues métalliques séquestrant les dents et les figeant dans la passivité. Avec l’approche fonctionnelle, les sourires gardent tout leur naturel et les gencives conservent toute leur tonicité. Mes filles s’appliquaient à mastiquer leurs rails en silicone et l’orthodontiste lui-même était épaté des résultats.
Par contre, je ne crois pas que leurs habitudes alimentaires aient pesé lourd dans la solidité de leur émail. Si l’aînée a toujours mangé correctement en n’abusant pas des friandises, la deuxième était déjà plus attirée par les sucreries tandis que la cadette me désespérait. Elle ne mangeait aucun légume, très peu de fruits, engouffrait des tonnes de bonbons, engloutissait des hectolitres de sodas sucrés et se nourrissait essentiellement de pains, pâtes et pizzas. C’était très loin du régime paléo que je prônais et je ne pense pas que l’origine essentiellement bio de ses menus pouvait compenser leur pauvreté nutritionnelle. Selon Weston A. Price, pareille malbouffe aurait dû faire le lit de multiples caries.
Des explications matérialistes contradictoires
Pour info ou pour rappel, Weston Andrew Price (1870-1948) est ce stomatologue canadien qui a émis la théorie selon laquelle la nutrition moderne serait éminemment cariogène. Il a parcouru le monde pour étudier les dentures de peuplades primitives et il a constaté que les générations les plus anciennes, qui n’avaient pas accès aux produits modernes (farines raffinées, boîtes de conserve, confiseries, etc) avaient des dents parfaitement droites et ne présentaient presque jamais de caries. Il constata également que le fait d’introduire « la nourriture de l’homme blanc » dans ces populations générait rapidement le rétrécissement de la mâchoire et la dégradation de la dentition.
Son œuvre majeure, illustrée de photos comparatives impressionnantes, a été publiée en 1939 sous le titre « Nutrition and physical degeneration ». Peu connus en Europe, les travaux de Price ne sont pas passés inaperçus aux Etats-Unis, où une fondation continue à propager ses idées. De nombreux dentistes s’en inspirent pour préconiser un régime alimentaire excluant les aliments raffinés et favorisant une reminéralisation de l’organisme. Selon cette théorie, en effet, la détérioration dentaire serait principalement due au raffinage du sucre et des céréales, procédé qui appauvrit les aliments en minéraux et oligo-éléments.
Pour la dentisterie classique, l’explication du phénomène carieux est sensiblement différente : un déficit en un seul minéral, le fluor, se conjuguerait avec l’action délétère des sucreries pour installer la plaque dentaire. Composé de sucres et de bactéries, cet enduit collant et incolore serait la cause principale des caries et des maladies des gencives. Comme ce biofilm peut se calcifier et se transformer en tartre, il est recommandé de l’éliminer quotidiennement et de procéder régulièrement à un détartrage. Selon cette vision orthodoxe, l’ennemie à combattre est en dernier ressort la bactérie puisque celle-ci participe en apparence au « forage » de l’émail et de la dentine.
Le succès actuel des bains de bouche repose précisément sur leur puissance antibactérienne alléguée. À la télé, l’autre jour, j’ai vu une publicité vantant la capacité d’une marque à éliminer 97 % de la flore buccale ! Quant aux brosses et aux dentifrices, leur mission antibiotique indirecte consiste à combattre la plaque dentaire et donc à détruire ce nid à bactéries. La théorie pasteurienne du germe coupable règne sans partage chez les dentistes, si ce n’est que certains préfèrent attaquer l’accusé avec des produits naturels comme les huiles essentielles. Les plus engagés sur la voie holistique intègrent la notion de terrain chère à Weston Price et recommandent à la fois l’hygiène alimentaire et l’hygiène dentaire pour prévenir la formation de caries. Et si tout ce beau monde faisait erreur ?
Ces deux théories matérialistes ne peuvent suffire à éclairer le processus carieux. D’autant qu’elles se contredisent entre elles ! Weston A. Price a observé que les peuples premiers arboraient une dentition parfaite malgré l’absence totale d’hygiène « à l’occidentale ». C’est donc la démonstration que la santé des dents ne repose pas sur leur nettoyage obsessionnel. Personnellement, je connais un médecin qui ne s’est jamais lavé les dents et qui a fait sa première carie à 48 ans ! J’ai aussi un ami originaire d’une région très pauvre en Italie et qui n’a découvert le dentifrice qu’en arrivant en Belgique : il n’en a jamais acheté et n’en a pourtant jamais pâti. À l’âge de 70 ans passés, ses 32 dents étaient encore intactes !
La grande erreur de Weston A. Price
Quant à l’hypothèse alimentaire, elle se heurte à une réalité « diététiquement incorrecte », à savoir que la génération junk-food n’est pas plus cariée que la précédente. N’en déplaise à Mister Price et à ses héritiers, ma fille et la plupart des filles de leur âge ne jurent que par le pain blanc, le riz blanc ou le sucre blanc. Si elles étaient vraiment minées par cette alimentation raffinée, le rituel de brossage avec des pâtes fluorées ne pourrait contrebalancer les carences et leurs sourires seraient ravagés. Puisque ce n’est pas le cas, il tombe sous le sens que les véritables causes de la carie se situent ailleurs. Où ? Dans le vécu psycho-émotionnel, pardi !
La grande erreur de Weston A. Price, c’est d’avoir focalisé ses recherches sur l’alimentation et sur le passage de la nourriture traditionnelle à la nourriture industrielle. Or, ce changement n’est qu’une facette d’un profond bouleversement, celui de la colonisation et de l’asservissement à l’envahisseur. Par exemple, les indigènes brésiliens pouvaient manger du suc de canne à sucre tant qu’ils voulaient. C’est lorsqu’ils sont devenus esclaves dans les plantations que leur santé dentaire a soudainement empiré. Plus que la farine blanche, l’homme blanc a imposé sa domination aliénante.
Inversement, en Occident, l’émancipation sociale apportée par le progrès économique a pu jouer un rôle positif pour la santé dentaire : quoi qu’en disent les pourfendeurs de l’alimentation moderne, il y a quand même moins de vieillards édentés qu’autrefois. Grâce à Colgate et Oral-B ? Que nenni ! On nous bourre le crâne depuis des décennies avec la théorie microbienne, mais celle-ci est démentie par la réalité clinique : il arrive que des caries se développent là où il n’y a pas de plaque dentaire, par exemple sur la pointe des canines. À cet endroit, il n’y a pas non plus de débris alimentaires résiduels, pas de contact interdentaire serré, bref aucun des arguments classiques qui puissent « justifier » une carie.
Autre mystère que la dentisterie officielle est bien en peine d’expliquer : la pathologie carieuse symétrique, à savoir l’apparition de caries exactement au même endroit à gauche et à droite, sur les dents qui se font face. Sans oublier le constat fréquent que de gros consommateurs de sucre conservent pourtant une dentition impeccable. Dans un article publié en 2013 dans la revue Néosanté, le Dr Christian Beyer confiait que « toutes ces manifestations saugrenues de la carie » l’avait conduit, par probité scientifique, à « déclarer inexacte la loi bactérienne sur la carie ». Je vous invite à (re)lire ce texte courageux et lucide en cliquant ici.
La clé, c’est une bonne estime de soi
En définitive, seule l’approche psychobiologique permet de comprendre réellement la carie dentaire. Celle-ci est la somatisation d’un conflit intense de dévalorisation. Pour la médecine nouvelle du Dr Hamer, ce conflit est relié à un ressenti où l’individu est dans l’impossibilité de donner libre cours à son agressivité. Puisque qu’il ne peut pas « mordre » au sens réel et figuré, la solution biologique du cerveau inconscient consiste à creuser la dent et à la rendre inefficace pour la morsure. Pour d’autres acteurs du décodage, la dent ne sert pas seulement à mordre mais également à attraper la nourriture et à broyer les aliments, donc sa souffrance pourrait exprimer une impuissance à satisfaire ses besoins matériels ou ceux de son clan.
Pour d’autres encore, dont le Dr Beyer, la dentition participe à une « adaptation verbale » et serait le siège de ressentis relationnels, voire d’ordre spirituel. Le point commun de ces différentes lectures, c’est qu’il n’y aurait pas de carie sans un profond sentiment d’être dévalorisé. Bien sûr, chaque dent est différente et raconte une histoire différente. Chaque carie reflète même une tonalité conflictuelle particulière en fonction de la partie touchée. C’est pourquoi les nombreux ouvrages de décodage dentaire sont-ils extrêmement fouillés.
Pour en revenir à ma fille cadette, je ne pense donc pas du tout que sa bonne hygiène soit le motif majeur de sa belle santé dentaire. Si elle n’a fait à ce jour qu’une ou deux caries, c’est plutôt parce qu’elle est bien dans sa peau et qu’elle n’a aucune raison de se dévaloriser. Bonne élève et sportive accomplie, elle a joui d’un contexte familial où ses talents et son tempérament ont été appréciés à leur juste valeur. Elle a des tas d’amies qui lui renvoient également une image d’elle-même valorisante. Bref, je la crois également bien partie pour conserver longtemps son beau sourire.
Pour autant, je ne l’ai jamais découragée de se brosser les dents matin et soir. Comme dit le Dr Beyer, cette habitude est positive dans la mesure où on l’accomplit par amour de soi et non par hantise de la carie. Et comme il l’écrit joliment à la fin de son article, « se brosser les dents, c’est comme offrir de l’air frais pour l’esprit et une caresse pour le cœur » : ne sous-estimons pas non plus l’impact psycho-émotionnel de cet automassage rafraîchissant !
Enfin, je continue à mettre ma fille en garde contre ses mœurs alimentaires. Qu’ils soient lents ou rapides, à IG bas ou hautement glycémiants, les sucres ne sont clairement pas les amis de l’émail. Et quand les dentistes « Westonpriciens » prétendent prévenir et même guérir les caries par l’application d’un régime de type paléolithique, je veux bien les croire. L’influence du corps sur la psyché et l’interaction des deux cerveaux – l’abdominal et le cérébral – ne sont pas à négliger. Ce qui importe, c’est de prendre conscience que tous les maux de dents sont préalablement des « maux dedans ». Et que les caries sont d’abord des blessures de l’âme avant de creuser leurs galeries.
Yves Rasir