Pour une raison que je vous révèle en fin de lettre, je me suis procuré récemment le livre Vieillir dans l’allégresse, d’un certain Georges Pourin, publié en 1964 aux éditions de La Vie Claire. C’est toujours un plaisir de lire ce genre d’ouvrage rédigé dans un style désuet avec un vocabulaire passé de mode – qui emploie encore aujourd’hui le mot « allégresse » ? – mais dont la forme léchée témoigne que les anciennes générations maniaient la langue française avec aisance et précision malgré une scolarité abrégée. L’auteur n’était pas écrivain et n’était pas non plus médecin ni naturopathe. Il a fait carrière dans la comptabilité en temps de paix et dans l’armée en temps de guerre. Il nous livre ici un témoignage autobiographique digne d’intérêt puisqu’il l’a couché sur papier alors qu’il était entré dans sa 90e année et qu’ils jouissaient encore, sa femme et lui, d’une santé très satisfaisante, si pas resplendissante. Je ne sais pas s’il est mort centenaire, je n’ai pas retrouvé la date de son décès. À l’époque cependant, atteindre 90 ans était suffisamment exceptionnel pour que les « secrets de longue vie » exposés dans ce petit recueil de conférences vaillent encore la peine d’être partagés.
Le décalogue de Paul Carton
Conférencier occasionnel et involontaire – il n’a pris la parole en public qu’à un âge avancé et à la demande de ses amis –, Georges Pourin n’avait pas la prétention de diffuser un enseignement ni d’avoir inventé une méthode. Tout ce qu’il avait appris et intégré dans sa pratique quotidienne, il reconnaissait l’avoir puisé dans d’autres écrits, à commencer bien sûr par ceux d’Henri-Charles Geffroy, fondateur de La Vie Claire, société de distribution de produits biologiques qui existe encore de nos jours. Parmi ses références majeures, on retrouve aussi l’éducateur physique Georges Hébert, qui a donné son nom à l’hébertisme, et plusieurs grandes figures de la naturopathie française, dont le Dr Alexis Carrel, le Dr Gaston Durville et le Dr Paul Carton. Comme vous le savez, je porte en haute estime les médecins hygiénistes du siècle dernier, qui ont fait œuvre de pionniers.
Leur art naturopathique de prévenir et guérir n’avait pas encore été éclipsé par des naturothérapies de toutes sortes prêchant l’emploi de mille et un remèdes (plantes, huiles essentielles, granules, compléments alimentaires, etc.) et minorant l’importance des facteurs naturels de santé que sont l’eau et l’air purs, l’alimentation saine, le soleil, la respiration, l’équilibre psycho-émotionnel et l’exercice corporel. C’est pourquoi je pense utile de remonter aux sources et d’examiner ce que préconisaient exactement les précurseurs de la médecine naturelle.
En page 96 de Vieillir dans l’allégresse, Georges Pourin a justement eu la bonne idée de synthétiser les « 10 commandements » légués à la postérité par le Dr Paul Carton, figure emblématique de la médecine authentiquement hippocratique. Et je trouve à mon tour que c’est une bonne idée de reproduire ce décalogue (voir ci-dessous) tombé dans l’oubli.
Bien sûr, il contient un petit détail qui m’indispose, celui vantant la consommation journalière de blé. À cette époque-là, le « pain quotidien » était toujours sacrosaint et on ne savait pas encore que le gluten, l’acide phytique et les lectines pouvaient nuire aux grands consommateurs de céréales. L’air du temps était déjà au véganisme et à l’injuste condamnation des protéines animales. L’évocation de la croyance en Dieu est également datée, on pourrait lui substituer la notion de vie spirituelle. Vu l’usage immodéré des pesticides dans les campagnes, il n’est pas sûr non plus que l’air des villes contemporaines soit moins recommandable.
Mais pour le reste, ce « code de santé globale » en dix points, répartis en trois lois, me semble encore mériter d’être divulgué tel quel. Le voici, le voilà :
LOIS MATÉRIELLES
1) S’alimenter d’une façon simple, sobre et pure, sans changer subitement ses habitudes.
2) Prendre chaque jour l’exercice physique nécessaire, principalement sous forme de marche.
3) Veiller à l’élimination régulière des poisons du corps et surtout à la rapidité des fonctions intestinales.
LOIS VITALES
4) Vivre le plus possible hors des villes et à l’air pur.
5) Se vivifier en consommant, chaque jour, une dose suffisante d’aliments végétaux crus, blé, salades, légumes et fruits.
6) Fortifier ses résistances en prenant à propos des bains d’air, d’eau et de soleil.
LOIS SPIRITUELLES
7) Travailler avec joie, perfection, régularité et rythme.
8) Aimer les autres hommes et la nature entière, dans une recherche du bien et du progrès à accomplir.
9) Croire en Dieu et l’introniser en soi en s’obligeant à être toujours juste et véridique.
10) Tendre à devenir son propre médecin, en se réformant soi-même et en redoutant par-dessus tout les traitements symptomatiques et pharmaceutiques.
Ode à la musculature
Athlète accompli pratiquant de nombreuses disciplines (dont le tennis, tiens donc…), Georges Pourin insistait particulièrement sur les vertus de l’exercice physique et de la gymnastique. Son livre contient d’ailleurs une vingtaine de dessins illustrant les « exercices fondamentaux » qu’il conseillait de faire tous les matins. La deuxième partie de l’ouvrage est carrément intitulée « La beauté intégrale par la culture physique », la beauté étant pour lui le reflet et la récompense d’une belle santé acquise par les efforts du corps.
À ses yeux, la culture physique était appelée à devenir « la base de tout système médical et social » car elle « apportera le bon équilibre des forces et de l’esprit ». En avance sur son temps, l’auteur souligne également le rôle crucial de la respiration qui « purifie le sang par l’oxygène et détruit les toxines » et il fait l’éloge de l’hyperventilation – qu’il appelle « sur-respiration » -, « qui rend le sang plus fluide, ce qui permet l’irrigation normale des vaisseaux capillaires ». Comme quoi Wim Hof a réinventé l’eau chaude lorsqu’il a découvert que sa méthode hyperventilatoire agissait puissamment sur le système circulatoire…
Non content d’avoir perçu le pouvoir du souffle, Georges Pourin a surtout pressenti l’importance première de l’appareil musculaire.
Aujourd’hui, on sait que le rôle des muscles ne se limite pas à procurer de la force et à raffermir le corps mais que ces tissus fibreux interagissent avec l’ensemble des processus métaboliques. C’est pourquoi la médecine en général, et la gérontologie en particulier, recommandent fortement d’enrayer la sarcopénie (fonte musculaire progressive) et de préserver la musculature des personnes âgées.
L’auteur de Vieillir dans l’allégresse allait encore plus loin puisqu’il faisait du muscle un instrument de longévité et de santé globale absolument central. En guise de coup de chapeau à ce grand monsieur méconnu, voici l’extrait de son livre où il fait l’éloge de la musculation et attire l’attention sur la fonction vitale des muscles lisses, ceux qui tapissent les viscères et les vaisseaux :
« Combien de gens ne comprennent sous ce nom de beauté que l’aspect gracieux ou charmant d’une physionomie, alors que la beauté entière est faite en même temps de l’harmonie des formes, de leur élégance, de leur souplesse et de leur vigueur. Il faut se souvenir que l’appareil circulatoire tout entier, l’appareil digestif, l’appareil pulmonaire, pour ne prendre que ceux-là, sont constitués de tissu musculaire qui peut tout aussi bien être susceptible de développement.
La beauté réelle comprend donc à la fois l’ensemble harmonieux des formes extérieures, des groupes musculaires et le développement proportionné des organes contenus dans les grandes cavités viscérales. Il faut envisager qu’à côté de la force musculaire due aux muscles striés de relation, il y a la force des muscles lisses, végétative, viscérale. Les organes de la respiration, de la digestion, surtout ceux de la circulation, sont composés en grande partie de ces muscles lisses. Ils pourront donc bénéficier du développement général de l’organisme tout entier par l’exercice physique ».
Avis de recherche de propos papaux
Refermons le livre et venons-en maintenant au motif pour lequel je me le suis procuré : aiguillé par une lectrice qui l’avait lu à sa sortie, je voulais y retrouver la citation qui figure en page 117 et qui est attribuée à Eugenio Pacelli, alias le pape Pie XII :
« Je m’insurge contre la médecine de troupeau qui asservit le malade aux appétits mercantiles des grands laboratoires, et le bien portant aux appétits plus monstrueux encore des fabricants de vaccins ».
Est-il possible que le Souverain Pontife ayant régné à Rome de 1939 à 1958 ait tenu de tels propos antivaccinaux ? Et si la réponse est oui, comment est-il possible que le discours pontifical ait basculé progressivement vers la louange de l’immunisation artificielle, jusqu’au pape François incitant ses ouailles à accomplir « un geste d’amour » en se faisant vacciner contre le covid ? Malheureusement, Georges Pourin ne mentionne pas vraiment sa source.
Comme référence, il évoque simplement un « congrès de médecins catholiques » devant lesquels Pie XII aurait prononcé ce sermon résolument antivax.
Suivant cette piste, j’ai lu sur la toile quelques allocutions et lettres adressées par ce pape à la profession médicale. Ce n’était pas inintéressant, j’y ai appris que le chef du Vatican critiquait effectivement la dérive mercantile de la médecine, qu’il s’inquiétait de la marchandisation du corps humain et qu’il appréhendait déjà la montée du mépris de la vie concrétisé plus tard par l’adoption de législations autorisant l’avortement et l’euthanasie.
Mais je n’ai trouvé aucune trace des paroles admonestant les laboratoires pharmaceutiques et dénonçant « l’appétit monstrueux » des fabricants de vaccins. Est-ce à dire que la citation est fausse ? Que le Pape Pie XII n’aurait jamais eu ces mots très durs à l’égard de Big Pharma ? D’après l’IA Claude, « c’est une citation fantôme, sans source primaire identifiable, probablement inventée ou très librement reformulée par des auteurs militants, puis attribuée à Pie XII pour lui donner une autorité morale qu’elle n’a pas réellement. »
Cela me paraît un peu court. Georges Pourin était lui-même un fervent catholique et j’ai peine à croire qu’il puisse avoir trahi les propos papaux. J’ai également du mal à imaginer que l’éditeur ait pu laisser passer une telle « fake news » sans la vérifier.
Dès lors, je formule l’hypothèse que la citation soit véridique et qu’elle soit seulement absente d’internet.
Je lance donc un appel : quelqu’un peut-il accéder aux archives vaticanes ou à de vieux journaux médicaux et me retrouver le compte-rendu de ce congrès médico-religieux ? Si tant est qu’elle existe, quelqu’un peut-il me dénicher la phrase colérique proférée par Pie XII à l’encontre d’une médecine inféodée aux labos et aux marchands de vaccins ? Si elle s’avère exacte, je trouve nécessaire de l’exhumer et de montrer que l’Église n’a pas toujours été dirigée par un servile apôtre du business vaccinaliste. Le cas échéant, cette sentence oubliée pourrait même ébranler les milliards de croyants qui ont docilement suivi la consigne venue de Rome en 2021, lorsque les fioles made in USA sont arrivées sur le marché. Sans cette bénédiction papale des injections géniques expérimentales, le désastre eût sans doute été moindre.
Yves Rasir