Où va le monde ? On peut se le demander en lisant les journaux, et pas seulement les pages judiciaires et les faits divers. Ainsi, j’ai appris quelque chose d’ahurissant en parcourant la rubrique « Science & Santé » de mon quotidien favori : selon une étude parue dans une revue spécialisée, l’approche punitive de l’énurésie nocturne est contre-productive. Les chercheurs ont étudié 65 enfants âgés de 7 à 13 ans qui mouillaient leur lit pendant la nuit, et dont une bonne vingtaine était semoncée au réveil. Les enfants qui étaient punis après un pipi au lit reproduisaient plus souvent ce comportement et présentaient des symptômes de dépression plus sévères. Le nombre « d’accidents » pouvait doubler en cas de punition de l’enfant ! Évidemment, ce ne sont pas les conclusions de ce travail qui m’ont abasourdi, mais bien le fait qu’un tiers des bambins suivis étaient réprimandés et/ou châtiés pour avoir uriné durant leur sommeil. Quand on sait que l’énurésie nocturne affecte environ 15 % des jeunes enfants de plus de 5 ans, on réalise qu’ils sont probablement des millions dans le monde à subir ainsi une réaction inappropriée à leur trouble. Que de maltraitance ajoutée à la souffrance !
Symptôme d’un mal-être
Car l’énurésie est bien sûr la manifestation extérieure d’un mal-être intérieur. Si une proportion d’enfants continue à faire pipi dans leur culotte ou dans leur lit plus longtemps que d’autres, c’est parce que la maturation de leur système urogénital est retardée. Cela n’a rien à voir avec la bonne ou la mauvaise volonté, mais bien avec le cerveau inconscient qui déclenche l’ordre de miction de manière incontrôlable, et pour cause puisque l’enfant dort ! La médecine, qui n’y comprend goutte, a depuis longtemps « refilé le bébé » à la psychologie. Et celle-ci a compris depuis belle lurette que l’attitude parentale répressive aggravait le problème au lieu de le résoudre. Les psys ont développé des méthodes d’apprentissage à la continence qui sont plus adéquates parce qu’elles visent à encourager l’enfant et à complimenter sa propreté. Cette approche positive est non seulement plus agréable et meilleure pour la relation, mais également plus efficace. Punir lorsqu’on est mécontent est une solution de facilité qui met l’accent sur ce qu’on ne veut pas, tandis que le compliment et l’encouragement renforcent le désir infantile d’atteindre l’objectif assigné. Néanmoins, tous les pédiatres pourraient témoigner que la psychologie a des limites et que cette stratégie n’est que trop peu couronnée de succès. Les échecs sont nombreux et beaucoup de marmots barbotent encore beaucoup trop longtemps dans leurs pyjamas souillés. Et si on faisait tout autrement, non plus en récompensant l’absence du symptôme, mais en se félicitant de sa présence ?
Retour au paradis
Cette question, en apparence incongrue, m’est venue en allant voir ce que la médecine nouvelle du Dr Hamer avait découvert sur les causes profondes de l’énurésie. Pour cette approche biologique de la maladie, il est très clair que cette dernière est une solution intelligente du cerveau archaïque. Or, dans le monde animal, l’urine sert à « marquer le territoire ». Pour peu que vienne se greffer un « conflit de séparation », les deux foyers cérébraux de la vessie concernés par ce double ressenti (« je n’arrive plus à marquer mon territoire » et « je suis séparé de mon territoire ») mettent en route un programme spécial qui consiste – inconsciemment bien sûr – à ne plus se retenir. Le sens biologique de l’énurésie est tout simplement de répandre le liquide odorant qui va recréer les circonstances de survie idéales. Lesquelles ? Celles du ventre maternel, of course. Pendant neuf mois, le milieu amniotique où évolue le petit d’homme est en bonne partie composé de sa propre urine. Être énurétique est une façon pour lui de renouer avec ce paradis perdu, lorsque le confort et la sécurité rimaient avec piscine de pipi à 37°.
Le froid comme déclencheur
D’ailleurs, il est prouvé que la miction nocturne ne se produit pas n’importe quand : elle survient lorsque l’enfant n’est plus protégé, quand sa couverture ou son édredon glisse et qu’il commence à avoir froid. Des chercheurs ont pu observer que la perte urinaire suit généralement de 15 minutes maximum les premiers frissons. « Les enfants énurétiques demandent à être couverts », soulignait à juste titre le Dr Claude Sabbah dans son enseignement de biologie totale. Couverts, bien au chaud, mais aussi cocoonés et chaleureusement câlinés puisque le stress causal principal relève d’une émotion de séparation. Parce qu’ils savent où chercher, les thérapeutes en décodage biologique mettent souvent au jour, dans l’histoire de leurs petits patients, des événements en rapport avec la perte de repères « territoriaux », par exemple le divorce des parents ou le décès d’un proche, voire la mort d’un jumeau lors du séjour utérin. La thérapie consiste alors à conscientiser l’enfant de la pertinence de son réflexe animal d’incontinence, tout en lui suggérant que ce programme naturel est une étape à dépasser. Je dis peut-être des bêtises, mais il me semble que cette optique thérapeutique serait encore plus performante si l’enfant était – en tout cas dans un premier temps – félicité, ou même récompensé pour ses pipis au lit.
Guérison par les mains
Revaloriser le symptôme et en favoriser l’expression logique, c’est précisément ce que j’ai voulu tenter, il y a une trentaine d’années, avec une de mes filles qui, vers 3-4 ans, mouillait encore ses draps. J’aurais voulu que sa mère complimente notre enfant énurétique et ne change pas son linge pour signifier notre approbation parentale et la bonne réception du message olfactif. Je faisais le pari que ce « marquage de territoire » favorablement accueilli allait finir par se tarir de lui-même, notre fille ayant suffisamment baigné dans ses rassurantes sécrétions. Heureusement pour elle et malheureusement pour moi et mes idées expérimentales, le « hasard » a bien fait les choses et notre petite chérie a bénéficié à ce moment-là de l’aide diantrement rapide et efficace de la chiropraxie. Notre chiropraticien familial nous a en effet expliqué que l’énurésie va très souvent de pair avec le blocage d’un nerf au niveau des reins et qu’en manipulant cet endroit, il pouvait régler le problème en trois séances. C’est exactement ce qui s’est passé selon le calendrier annoncé. Le plus impressionnant, c’est que dans la nuit suivant les deux premières visites, ma fille souillait sa couche des deux manières (liquide et solide) et qu’elle faisait d’épouvantables cauchemars, preuve que l’intervention manuelle en zone rénale provoquait un sérieux remue-ménage à l’étage cérébral. Comme les trois symptômes ont disparu en même temps, il est évident que le déblocage physique avait fait sauter des verrous psychiques. Si cette médecine douce a réussi tout à la fois à chasser les mictions et les terreurs nocturnes de notre enfant, c’est la preuve éclatante que la « voie du corps » est également un instrument puissant de guérison psycho-émotionnelle.
Absence de (re)père
Si vous connaissez des parents confrontés à l’énurésie de leur enfant, ne leur conseillez donc pas le stratagème de la récompense – qui n’est que pure hypothèse – mais aiguillez-les vers un chiropraticien ou un ostéopathe dûment diplômé, capable de dénouer manuellement un blocage éventuel dans la région vésicale. Je sais que ça ne marche pas à tous les coups – le même thérapeute a échoué pour le fils d’un couple d’amis qui m’avait demandé l’adresse – mais je sais que ça a déjà réussi plus d’une fois. Pour les millions d’enfants en souffrance, et surtout pour ceux que leurs parents punissent en aggravant le mal, il n’est que temps d’explorer des pistes alternatives, dont bien sûr celle de la psychobiologie. L’énurésie était le thème d’un article publié dans le tout premier numéro de Néosanté et rédigé par Bernard Tihon, auteur de l’ouvrage en quatre tomes LE SENS DES MAUX. Afin de vous éclairer aussi sur l’arrière-plan conflictuel de cette « mal-a-dit », je vous en reproduis ci-dessous l’extrait le plus parlant : « L’énurésie est l’expression biologique d’une constellation de conflits : à la fois un double conflit de marquage de territoire, masculin et féminin, auquel s’ajoute une séparation centrale, dans le sens d’une séparation de quelqu’un de très proche ou de très intime. C’est une situation fréquente chez les enfants dont les parents divorcent brutalement et qui ne savent plus quelle est leur position dans la famille. Le rein est relié à l’émotion PEUR en médecine traditionnelle chinoise. Si le territoire tout-à-coup n’est plus suffisamment sécurisé par le père, par exemple si celui-ci a lui-même peur, cela crée un sur-stress chez l’enfant et son sphincter s’ouvre. Dans beaucoup de cas d’énurésie, on retrouve dans l’histoire conflictuelle de l’enfant, un père « absent », réellement absent ou présent-absent, un père qui ne prend pas sa place, qui ne fixe pas les limites, qui n’assure pas la sécurité du territoire : il y a absence de protection du père. Ce qui met l’enfant dans l’obligation de rester en permanence en contact avec la mère pour avoir la vie sauve et crée donc un gros conflit de séparation car elle ne peut être à côté de lui 24 heures sur 24 : ce sont des enfants qui demandent à être couverts en permanence, mais si la couverture glisse, c’est la sensation de froid, le besoin de fuite… Et c’est la fuite organique. »
Yves Rasir