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Par les temps caniculaires qui courent, tout le monde comprend ce que transpirer veut dire. De jour comme de nuit, nous sentons bien que nous suons beaucoup. Mais savez-vous qu’il existe aussi une transpiration insensible, c’est-à-dire non perçue par les cinq sens ? Et savez-vous qu’une partie de cette transpiration imperceptible s’effectue via les poumons, lesquels risquent davantage l’infection respiratoire si le mécanisme transpiratoire se grippe ? Personnellement, je ne le savais pas et c’est en visionnant les vidéos du youtubeur Raphi Deschamps sur le sujet (1, 2, 3, 4, 5) que j’ai appris l’existence et compris l’importance du phénomène.

Appelé aussi « perspiration », ce phénomène est connu depuis l’Antiquité. Dès cette époque, les médecins avaient observé qu’un corps pesé avant et après une période de repos perdait du poids sans émettre d’urine, de selles ni de sueur visible. Mais c’est au XVIIe siècle qu’un médecin italien nommé Santorio Santorio (ou Sanctorius) a formalisé ces observations en pesant systématiquement sa nourriture et ses boissons et en montant sur une balance de son invention au coucher et au réveil. Selon ses calculs, un individu pouvait perdre jusqu’à 2,5 kilos par jour sans aller aux toilettes, rien qu’en transpirant insensiblement !

Après Sanctorius, d’autres médecins et physiologistes ont reproduit l’expérience et sont arrivés à la même conclusion : un corps humain peut évacuer par la perspiration plus de matière qu’en suant, urinant et déféquant ! À leur insu, les hommes et les femmes évacuent chaque jour plusieurs décilitres d’eau en dehors de toute sudation visible et odorante passant par les glandes sudoripares. La médecine moderne n’a pas complètement oublié cette découverte. Elle considère la transpiration insensible comme un signe clinique précieux, notamment chez les personnes âgées, les grands brûlés et les malades en réanimation. Mais en se focalisant sur la déshydratation et ses risques, elle perd de vue que ce mécanisme naturel d’évaporation répond à un besoin essentiel, celui d’assainir le terrain.

La peau, station d’épuration capitale

L’erreur du raisonnement allopathique est particulièrement flagrante en dermatologie. Chez l’adulte sain au repos, les pertes insensibles totales – cutanées et respiratoires confondues – sont généralement estimées entre 400 et 800 millilitres par 24 heures, soit l’équivalent de plusieurs verres d’eau perdus sans qu’aucune sensation ne le signale. Selon certaines publications scientifiques, cette perte insensible peut représenter jusqu’à 30 à 50 % des pertes hydriques quotidiennes de l’organisme, aux côtés des urines, des selles et de la sueur. Pour mesurer précisément la composante cutanée, les dermatologues utilisent un évaporimètre, un appareil qui calcule le gradient d’humidité entre deux capteurs placés sur la peau. Le flux d’évaporation ainsi mesuré s’exprime en grammes par mètre carré et par heure (g/m2/h). Sur une peau saine, les valeurs normales se situent généralement entre 5 et 15 g/m2/h. Lorsque la barrière cutanée est altérée – par exemple en cas d’eczéma ou de psoriasis –, ces valeurs peuvent grimper jusqu’à 100 g/m2/h, traduisant une fuite hydrique massive à travers une peau devenue perméable. Les médecins allopathes vont donc prescrire des crèmes hydratantes à la cortisone pour enrayer les troubles, ce qui va calmer les symptômes mais ne règlera pas le problème de fond.

Je suis bien placé pour savoir à quel point l’allopathie se fourvoie. Eczémateux depuis ma plus tendre enfance et jusqu’à l’âge adulte, j’ai suivi le parcours classique des traitements antihistaminiques et cortisoniques. Si les crèmes et médicaments me soulageaient beaucoup sur le moment, ça ne durait jamais et le prurit revenait de plus belle après l’accalmie des démangeaisons. Comme je l’ai raconté naguère, c’est mon premier flirt d’adolescence et la résolution symbolique d’un vieux conflit de séparation qui m’a guéri à 90 % de ma dermatite atopique. Et c’est en me détournant de la médecine conventionnelle et en découvrant la naturopathie que j’ai pu me débarrasser définitivement de ce trouble cutané récurrent. Comment ? En ne cherchant plus à réprimer le symptôme mais en prenant soin de ma peau de l’intérieur par l’adoption d’une alimentation nettement plus crudivore et excluant la plupart des produits laitiers. Comme toute réaction inflammatoire, l’eczéma est une crise d’élimination traduisant l’effort du corps pour se purifier via ses cinq grands émonctoires que sont le foie, les intestins, les poumons, les reins et la peau. Et c’est évidemment cette dernière qui joue un rôle épurateur capital en évacuant les toxines grâce au sébum et à la sueur. Lorsque j’ai compris que la transpiration m’aidait à vider mes poubelles corporelles, j’y ai trouvé une motivation renouvelée pour pratiquer le sport intensivement, une bonne raison de prendre fréquemment des bains de soleil et un prétexte pour m’acheter un sauna infra-rouge. En misant sur ce brelan de techniques sudatives, j’ai pu dire adieu aux éruptions d’épuration qui m’irritaient encore sporadiquement les plis des coudes et des genoux. Si j’avais pu consulter le Dr Hippocrate ou l’un de ses contemporains antiques, j’aurais gagné du temps car ceux-ci prescrivaient déjà « le gymnase et l’étuve » à leurs patients mal dans leur peau…

Les lapins cirés d’Amédée Fourcault

Cette dernière constitue le plus grand et le plus lourd de tous les organes. Chez un adulte, la peau couvre une superficie d’environ 1,5 à 2 m2 et pèse entre 4 et 10 kilos. Son rôle émonctoriel est tellement vital qu’un individu dont tous les pores seraient bouchés ne tarderait probablement pas à décéder ! Vous en doutez ? Au cours de ses recherches bibliographiques, Raphi Deschamps a retrouvé le livre du Dr Joseph-François Tirat sur les maladies chroniques, édité en 1845, lequel relate les expériences d’un confrère français, un certain Amédée Fourcault. Au début du XIXe siècle, ce médecin intuitif a eu l’idée d’appliquer un enduit imperméable sur la peau de lapins vivants. Il recouvrait entièrement le corps de l’animal de sorte à bloquer tous les échanges entre l’épiderme et l’environnement. Résultats ? Impressionnants : tous les animaux développaient des inflammations et mouraient rapidement comme s’ils étaient asphyxiés. Lorsque le chercheur ne fermait pas tous les orifices, les pauvres lapins ne succombaient pas immédiatement mais ils déclenchaient de graves maladies potentiellement létales. Amédée Fourcault en a déduit que le sang s’empoisonnait à vive allure lorsque le corps était privé d’excrétion cutanée. Selon l’IA, des travaux physiologiques ultérieurs ont indiqué que la mort était moins due à la suppression de la fonction excrétrice qu’au refroidissement extrême de l’animal suite à la destruction de son pelage, mais on ne jurerait pas que cette deuxième explication soit la meilleure. Car savez-vous qu’en plus de transpirer sensiblement et insensiblement, la peau respire véritablement ? Elle absorbe en effet une petite quantité d’oxygène et elle rejette du dioxyde de carbone, exactement comme le font les poumons. Selon la science actuelle, ce processus représente moins de 1 % des échanges gazeux totaux de l’organisme. Il n’en demeure pas moins que la peau a besoin de respirer et que son étouffement peut être mortel à court terme chez le lapin. Personnellement, je ne prendrai jamais le risque de m’enduire de cire de la tête aux pieds. À mon avis, cette folle expérience équivaudrait à boucher le pot d’échappement d’une voiture thermique et à s’exposer sans délai à des conséquences explosives.

La pépite de 1928 qui pulvérise la virologie

La peau respire tandis que les poumons transpirent. Comme dit plus haut, la seconde voie de la transpiration insensible est en effet le système respiratoire. À chaque respiration, l’air inspiré, réchauffé et humidifié au contact des muqueuses des voies aériennes, est rejeté chargé de vapeur d’eau. C’est ce qu’on peut constater en soufflant sur un miroir ou en faisant de la buée par temps froid. Ce phénomène, appelé « exhalation » par les anciens médecins, varie avec la fréquence respiratoire, le volume d’air inhalé et son taux d’humidité. Il augmente nettement en altitude, en climat sec, lors de la fièvre ou de l’hyperventilation, et diminue au contraire chez les patients ventilés mécaniquement avec un circuit humidifié, lequel limite l’évaporation naturelle. Encore une fois, ces paramètres témoignent que la médecine moderne se trompe en déplorant ce qu’elle a désigné par l’acronyme PIE (perte insensible en eau). Si la PIE s’envole lors d’activités physiques hyperventilatoires ou lors d’épisodes fiévreux et qu’elle s’écrase sous respirateur artificiel, c’est bien une triple preuve que le mécanisme n’est pas pathologique mais au contraire réparateur. C’est à tout le moins l’indice que la perspiration pulmonaire participe à l’homéostasie (maintien des équilibres internes en fonction des influences externes) et à l’auto-assainissement de l’organisme.

Jadis, c’est plutôt le ralentissement transpiratoire qui suscitait méfiance et inquiétude. Les soignants d’antan avaient observé que toutes les maladies pulmonaires, de la phtisie (ancien nom de la tuberculose) à la catarrhe (ancien nom de la grippe), survenaient presque toujours par temps froid et humide et ils attribuaient à ces « conditions insalubres de l’environnement » un rôle prépondérant. Pour eux, l’Influenza di freddo (influence du froid), expression italienne du XIVe siècle qui a donné le mot « influenza » (grippe) et qui a fini par désigner les prétendus virus grippaux, résultait avant tout d’une transpiration contrariée par la double action du froid et de l’humidité. Pour parer à cette « congestion » cutanée, ils préconisaient l’usage de plantes diaphorétiques (qui stimulent l’évaporation insensible), telles que la fleur de sureau noir et la sauge, ou de plantes sudorifiques (qui facilitent la sudation), telles que la bourrache et le gingembre. Comme l’a révélé le statisticien Pierre Chaillot, il y a une corrélation ultra forte entre la baisse des températures et les épidémies de syndromes grippaux en automne et en hiver. Et comme l’a exposé Michel Drezen dans son ouvrage En-quête de santé, les affections respiratoires sont d’autant plus fréquentes que le phénomène d’inversion thermique (air froid bloqué au sol dans certaines conditions climatiques) s’ajoute à la pollution atmosphérique. Pour sa part, Raphi Deschamps suggère que la perspiration en berne apporte une quatrième et importante explication aux infections automnales et hivernales. Je lui donne volontiers raison et je ne vois vraiment plus pourquoi une hypothétique particule virale devrait encore figurer dans le box des accusés.

Je le vois d’autant moins que le youtubeur a déniché une magnifique pépite scientifique au cours de ses recherches livresques. Intitulée « Le rhume commun, étiologie, prévention et traitement », cette étude a été publiée en 1928 dans le journal de l’American Public Health Association, l’organe officiel des médecins américains. Son auteur raconte que pendant 11 ans, il a vainement tenté d’induire un rhume chez des personnes saines en leur inoculant les sécrétions mucosales de personnes sévèrement enrhumées. Il a donc reproduit les fameuses expériences de Milton Rosenau en 1918 sur la grippe espagnole et il a obtenu les mêmes résultats négatifs : impossible de transmettre la maladie ! Par contre, et c’est ça qui est fantastique, le chercheur a pu enrhumer ses volontaires en leur administrant du chlorure d’ammonium ou de calcium, c’est-à-dire en acidifiant leur organisme. Et plus il les acidifiait, plus les symptômes d’infection respiratoire étaient sévères. Preuve définitive que l’équilibre acido-basique était décisif, Volney S. Cheney guérissait tous ses cobayes en leur injectant du bicarbonate de soude, c’est-à-dire en rétablissant un terrain plus alcalin. Y a-t-il démonstration plus probante que le microbe n’est strictement rien dans un corps sain ? Malheureusement, cette expérience majeure est restée sans suite et le mythe contagieux a pris son essor dès 1933 avec la découverte du premier virus estampillé « influenza » à partir d’un filtrat de porc.

Près d’un siècle plus tard, il nous est loisible de faire machine arrière, de renouer avec la « médecine statique » de Sanctorius et de redécouvrir d’autres vieux textes témoignant que nos aïeux avaient mieux compris les processus pathogénétiques. Parmi ceux-ci, l’inhibition de la perspiration et de l’exhalation est sans doute sous-estimée. Et ce n’est certainement pas en entravant ce double système de voirie discret qu’on rend service à sa santé. Le corps humain est une merveille dont on n’a pas fini d’explorer l’intelligence naturelle et les prouesses auto-guérisseuses.

Yves Rasir

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