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L’effet placebo, je suppose que tout le monde connaît : c’est l’effet thérapeutique que produit un remède fictif – un granule de sucre, une injection de solution saline, une fausse intervention chirurgicale, etc. – sur un patient persuadé que le médicament ou la chirurgie peut le guérir. C’est aussi le bisou posé par la maman sur le bobo de son enfant qui vient de se blesser et dont la douleur disparaît instantanément, comme par enchantement. Aux confins de la médecine et de la magie, ce phénomène témoigne de la puissance des croyances et de l’incroyable pouvoir de l’esprit sur le corps. Les recherches ont montré que l’effet curatif est réel et les techniques d’imagerie médicale ont confirmé que le placebo agit en suivant les mêmes voies neurobiologiques que celles empruntées par le traitement médicamenteux. Selon le type de pathologie, la substance inerte imitant un médicament procure entre 10 et 90 % de soulagement des symptômes !

Moins connu que ce guérisseur mental, l’effet nocebo désigne son exact opposé, à savoir la faculté à (se) rendre malade par la seule force du psychisme. Il agit selon les mêmes mécanismes que l’effet placebo, mais de manière inversée, en provoquant la libération de molécules nocives. L’exemple le plus célèbre de cette autohypnose négative est « l’empoisonnement à la tomate » qui a sévi au XIXe siècle aux États-Unis. À cette époque, le légume-fruit était perçu par beaucoup comme un aliment toxique, si bien que de nombreuses personnes furent hospitalisées en présentant tous les signes d’une intoxication alimentaire, aujourd’hui rarissime. Dans ses ouvrages sur Le mystère du placebo et Le mystère du nocebo, le Dr Patrick Lemoine relate encore bien d’autres anecdotes et expériences édifiantes sur l’influence nuisible ou bénéfique des crédos adoptés par le cerveau.

Le pouvoir de (se) nuire

L’une de ces expériences mérite d’être racontée ici. En 1987, le Dr K.B. Thomas, médecin généraliste à Southampton en Angleterre, a sélectionné dans sa clientèle 200 patients se plaignant de vagues maux (douleurs abdominales, lombalgies, céphalées, fatigue, etc.) pour lesquels il lui était impossible de poser un diagnostic précis. Il sépara ces patients en deux groupes, dont le premier fut l’objet d’une consultation « positive » : il leur affirma un diagnostic et les rassura vigoureusement en leur certifiant qu’ils se rétabliraient très vite. Aux patients du second groupe, il dit : « Je ne suis pas certain de savoir ce dont vous souffrez ; si vous n’allez pas mieux dans quelques jours, revenez me voir. ». Au bout de deux semaines, 64 % des patients du premier groupe allaient mieux, contre 39 % de ceux de l’autre groupe. Effet placebo d’une consultation chaleureuse et optimiste versus effet nocebo de l’incertitude défaitiste.

Cette expérience démontre que le médecin peu sûr de lui, hésitant, en un mot anxiogène, induit des effets secondaires et ne favorise pas la guérison, au contraire. Plus grave encore, il arrive que certaines personnes tombent malades, voire décèdent, après avoir reçu un diagnostic erroné de maladie mortelle… Dans son ouvrage Le placebo, c’est vous !, le neuroscientifique Joe Dispenza relate ainsi le cas de Sam Londe, représentant de commerce à la retraite. Au début des années 1970, éprouvant des difficultés à déglutir, il consulte un médecin qui lui diagnostique, sur un ton lugubre, un cancer métastasique de l’œsophage, incurable à l’époque. La messe est dite ! Sur sa recommandation, le patient recourt à la chirurgie afin d’améliorer son pronostic vital. Il subit une ablation partielle de l’œsophage et de l’estomac. Son état ne tarde pas à se détériorer et un scanner du foie révèle que cet organe est aussi touché. Hospitalisé et défait par cette situation sans issue, l’homme demeure prostré, en attente de la Grande Faucheuse…

Hormis un taux légèrement élevé de glucose et d’enzymes hépatiques, les examens complémentaires ne révèlent pourtant rien d’alarmant. Une bénédiction vu son dossier ! Outre une diète, il reçoit soins et attention des soignants. Il commence à se sentir plus fort, son humeur s’améliore. Il exprime alors au médecin qu’il souhaite tenir jusqu’à Noël, pour le vivre en famille. Sam Londe sort de l’hôpital fin octobre et va plutôt bien. Il revoit régulièrement le cancérologue qui s’étonne que son patient aille de mieux en mieux. Pourtant, une semaine après Noël, il revient en urgence à l’hôpital et meurt le lendemain. L’autopsie a montré que le foie ne présentait qu’un minuscule nodule et le poumon une petite tache sans gravité. « En vérité, aucun de ces deux cancers n’était assez virulent pour le tuer. De plus, la zone située autour de son œsophage n’était porteuse d’aucune trace de maladie. », précise Joe Dispenza. Moralité, Sam Londe n’avait visiblement pas succombé à un cancer, ni même à une pneumonie… « Il était mort tout simplement parce que tous ceux et celles qui constituaient son environnement immédiat pensaient qu’il était en train de mourir… Et plus important encore, lui-même pensait qu’il allait mourir », conclut Joe Dispenza.

Une étude instructive

Est-ce parce qu’ils sont tombés sur ce livre et que ce récit les a fait réfléchir ? Toujours est-il que des chercheurs américains en épidémiologie se sont demandés si un simple changement lexical pouvait améliorer un pronostic médical. Pour leur étude sortie en mai dernier, ils se sont intéressés au cancer de la prostate de bas grade. Ces tumeurs débutantes présentent un profil glandulaire proche de la prostate normale, peu d’anomalies cellulaires et aucun trait d’agressivité au niveau des tissus abîmés. Plusieurs auteurs avaient déjà proposé de ne plus les qualifier de cancers et de les redéfinir comme des lésions précancéreuses. Étant donné le faible risque de dégradation rapide et les données montrant que le mot cancer favorise des choix thérapeutiques invasifs, l’objectif était de voir si le glissement de vocabulaire pouvait réduire le surdiagnostic, le surtraitement et les conséquences psychologiques associées au diagnostic. Le but était également de vérifier si le retrait du mot « cancer » réduisait la surveillance active des tumeurs et pouvait malencontreusement augmenter leur taux de mortalité. Pour procéder à ces vérifications, les scientifiques ont établi un « modèle décisionnel » paramétré en fonction des statistiques démographiques et des données cliniques relatives à 314 000 nouveaux cas de cancers prostatiques.

Résultats ? Dans le scénario de base, le changement de nom permettait d’éviter 2 835 décès par an tout en causant 452 décès supplémentaires en raison d’une moindre adhésion au suivi, soit un gain net de 2 383 vies sauvées. En d’autres termes, l’abandon du mot cancer sauverait six fois plus de patients qu’il n’en ferait mourir faute de traitements adéquats ! Après modification des paramètres dans un sens défavorable à leur hypothèse (tumeurs plus agressives, traitements plus efficaces, surveillance quasi abandonnée…), les chercheurs ont constaté que leur modélisation demeurait robuste et qu’elle plaidait pour la requalification de la pathologie cancéreuse en « lésion précancéreuse ». En conclusion de leurs travaux, les épidémiologistes estiment que le bénéfice du changement de nom devient peu contestable.

Certes, il ne s’agit encore que d’une théorie fondée sur des simulations. Et ce n’est pas moi qui vais subitement me faire le défenseur des modélisateurs trop enclins à manipuler la réalité pour la conformer à leurs préjugés, comme on l’a vu pour le covid. L’étude me paraît d’autant moins inattaquable qu’elle présuppose un effet favorable du dépistage systématique. Il n’empêche qu’elle apporte un signal peu banal en faveur d’une médecine plus attentiste et moins alarmiste. Il suffirait de remplacer le mot tumeur par « lésion » et de mettre un « pré » devant le mot cancéreux pour désemplir les services d’oncologie prostatique et envoyer beaucoup moins de patients au cimetière ! Imaginons maintenant que cette méthode langagière soit élargie à tous les types de cancer et que l’épithète « malin » soit bannie du vocabulaire cancérologique. Imaginons aussi que les autres maladies potentiellement mortelles soient redéfinies avec des mots moins angoissants et moins susceptibles d’aboutir à des traitements mutilants et débilitants. Ce ne sont plus des milliers de citoyens américains qui seraient sauvés chaque année de la médecine, mais des millions de Terriens enfin débarrassés d’un immense effet nocebo ! On peut toujours rêver.

Comment éviter le conflit de diagnostic ?

Un qui avait bien conscience de la nuisance des mots, c’est le Dr Ryke Geerd Hamer. Après avoir découvert que la plupart des maladies découlent d’un choc émotionnel vécu dans l’isolement et prenant l’individu au dépourvu, le génial médecin allemand a compris que l’annonce d’une maladie grave pouvait suffire à déclencher un cancer. Il a appelé ça le « conflit de diagnostic ». Par exemple, un patient à qui l’on découvre un cancer du foie va développer une tumeur pulmonaire consécutive à une frayeur de mourir. Ou un patient diagnostiqué d’un cancer du poumon va déclarer un cancer du foie en ressentant une peur panique de manquer à sa famille. Les cancers dits métastasés sont en réalité la conséquence de ces ressentis conflictuels secondaires. On ne peut pas expliquer autrement que les cancers primitifs se propagent souvent vers les os (siège de la dévalorisation) et beaucoup plus rarement des tissus osseux vers d’autres organes. De même, un cancer du cerveau ne métastase presque jamais en dehors du système nerveux central, alors que la cascade inverse est très fréquente. C’est le choc éprouvé à l’étage psychique qui entraîne les somatisations pourvues d’un sens biologique, celui d’assurer la survie à court terme.

La semaine dernière, après notre partie de tennis hebdomadaire, je discutais de l’étude américaine avec mon ami Bernard Tihon, auteur de la tétralogie Le Sens Des Maux aux éditions Néosanté. Il était ravi que le conflit de diagnostic soit désormais, timidement mais inéluctablement, pris en compte par la médecine classique. Et il trouvait que dans une étape suivante, on devrait inciter les médecins à prononcer le moins souvent possible le mot « cancer », lequel charrie des images de mort et donne le sentiment d’être condamné. En réfléchissant tout haut, je me suis demandé si l’attitude inverse n’était pas plus opportune et si la banalisation du mot n’était pas de meilleur aloi. Avec mes enfants, c’est ce que j’ai toujours fait : dès que j’avais un symptôme quelconque, par exemple un bouton sur la joue ou un œil un peu rouge, je plaisantais en leur disant que j’avais un cancer de l’œil ou de la joue. Ce n’était pas du tout de l’hypocondrie mais une manière de dédramatiser toute maladie, que le Dr Hamer appelait d’ailleurs des « équivalents de cancer ». Et dans la foulée, j’informais mes filles que tout le monde développe tous les jours des embryons de cancers qui disparaissent spontanément ou qui n’atteignent jamais un stade symptomatique, ce qui est la stricte vérité scientifique.

À la stratégie consistant à maintenir le crabe à distance par l’usage de l’euphémisme « lésion précancéreuse », je préfère donc celle qui joue franc jeu et nomme les choses par leur nom sans pour autant distiller la peur. C’est ce que j’appellerais la « méthode Harry Potter ». Dans la saga du même nom, le monstrueux Lord Voldemort effraie tellement que peu de personnages osent verbaliser son patronyme. Il est « celui dont on ne doit pas prononcer le nom ». Ce sont les plus courageux, comme Harry et les membres de l’Ordre du Phénix, qui ont l’audace de nommer ouvertement l’adversaire et qui finissent par le vaincre. J’observe aussi qu’Albus Dumbledore, mentor d’Harry Potter et incarnation du vieux sage à l’allure druidique, ne craint jamais de nommer la « Seigneur des ténèbres ». Dans l’un des romans de la série, le vieux professeur explique même aux apprentis sorciers que la peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même. Or, c’est bien souvent « la peur de la chose qui engendre la chose », comme l’enseignait un élève du Dr Hamer, le médecin français Claude Sabbah. Bref, je préconise de ne surtout pas chasser le mot « cancer » du vocabulaire mais de ramener cette maladie à ses justes proportions : celle d’une solution intelligente de la nature, porteuse d’un message, n’ayant rien d’anarchique, et qui est toujours curable à n’importe quel stade comme en témoignent les nombreuses guérisons spontanées et inespérées constatées par la médecine. Un être humain n’est pas une statistique, il a toujours des chances de s’en sortir. À mon sens, tout praticien de l’art de guérir devrait faire usage de ces infos placébothérapeutiques et accorder la priorité à la consigne hippocratique de ne pas nuire.

Yves Rasir

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