Du 15 au 30 septembre, j’ai eu la chance de séjourner et de voyager à Madagascar, immense pays ô combien fascinant et propice à l’aventure, laquelle apporte inévitablement son lot de mésaventures. Bien sûr, je ne vais pas vous raconter mes vacances dans cette infolettre. Ni vous vanter la beauté des quelques objets ramenés de cette île-continent peuplée notamment d’artisans incroyablement talentueux, véritables virtuoses dans l’art de transformer les matières naturelles dont leur biotope subtropical regorge. Les souvenirs dont je vous entretiens cette semaine, ce sont les informations que j’ai glanées en chemin concernant la santé, les quelques expériences personnelles que j’ai vécues durant mon séjour et les réflexions que les unes et les autres m’ont inspirées.
En deux semaines, je n’ai évidemment fait qu’effleurer les réalités sanitaires de la République malgache et à peine discerné le mode de vie de ses habitants. Je n’ai d’ailleurs pas entrepris ce voyage pour ça, j’étais parti en villégiature. Je pense néanmoins que les éléments rassemblés dans cet article en deux parties sont susceptibles de battre en brèche quelques idées reçues, de faire utilement avancer les connaissances sur plusieurs maladies et d’apporter du grain à moudre aux passionnés de santé naturelle.
Une espérance de vie qui fait envie
Ma première découverte sur la réalité malgache date d’avant mon départ. Un jour de juillet, la personne qui m’invitait à visiter son pays m’a raconté que son père était décédé au début de l’année à l’âge de 76 ans. Et j’ai cru bon de commenter que le disparu avait bien vécu puisque l’espérance de vie des hommes à Madagascar avoisine les 63 ans. Ce commentaire n’a pas plu du tout et j’ai vite compris pourquoi : si l’espérance de vie à la naissance est bien de 62,5 ans pour les hommes, elle grimpe à 76,8 ans pour ceux qui atteignent 60 ans ! Autrement dit, la mortalité infantile (47 décès pour 1 000 naissances) fausse complètement les statistiques et déforme totalement la pyramide des âges réelle. Chez les sexagénaires mâles, la vie se prolonge encore en moyenne de 17 ans, ce qui est proche de la situation occidentale. Mieux : selon certaines sources, l’espérance de vie en bonne santé serait d’environ 12 années supplémentaires pour les citoyens masculins de Madagascar fêtant leur 60e anniversaire. Par comparaison, un Français de 65 ans peut encore espérer vivre 10 ans sans incapacité.
En d’autres termes, il n’y a pas de grande différence de longévité valide entre les habitants de la France et ceux de son ancienne colonie. Une fois gommée la forte mortalité périnatale, les chiffres indiquent qu’on peut faire de très vieux os sur la Grande île. Sans les décès massifs de nouveau-nés imputables à diverses causes (misère, malnutrition, grossesses précoces, prématurité, etc.), ce pays serait peut-être regardé comme une « zone bleue » propice aux vieux jours heureux et peuplée de nombreux centenaires. Dans l’avion m’amenant de Paris à Tananarive, j’ai discuté avec une Franco-Malgache qui avait occupé de hautes fonctions dans son pays natal et qui m’a confirmé que la vision d’une population adulte majoritairement fauchée avant la vieillesse était erronée. Son propre père avait vécu bon pied bon œil jusqu’à 100 ans et c’est assez courant là-bas.
Je m’en veux d’avoir raté une occasion de me taire car mon erreur d’appréciation rejoint celle que font souvent les détracteurs du régime paléolithique en arguant que l’espérance de vie à la naissance est très basse parmi les peuplades primitives, et donc que l’alimentation de type chasseur-cueilleur n’est pas idéale. Ils négligent que de telles habitudes alimentaires augmentent au contraire les chances de s’attarder sur terre. Pour appréhender fidèlement une réalité démographique, on devrait toujours s’aviser de la moyenne d’âge de décès après six décennies de vie.
Un précieux pays vaccino-rebelle
Mon voyage aurait pu foirer avant de commencer. Au moment de m’enregistrer à l’aéroport d’Amsterdam, les hôtesses de la compagnie m’ont en effet signifié que je n’avais pas rempli sur le site une « déclaration de santé » exigée pour entrer à Madagascar. Je me souvenais bien avoir déclaré sur l’honneur que je n’avais pas récemment séjourné dans un pays où flambait Ebola, mais je ne voyais pas de quelle autre formalité obligatoire elles parlaient. Après dix minutes d’une discussion tendue, elles ont bien dû admettre que l’obligation n’en était pas une puisque j’étais en possession de ma carte d’embarquement et elles m’ont laissé passer. Une fois sur le sol malgache, j’ai cependant dû remplir une fiche très indiscrète m’interrogeant sur d’éventuels symptômes (fièvre, toux) et sur mon pedigree vaccinal. On me demandait notamment si j’étais vacciné contre le Covid-19, la date de ma dernière dose et la marque du produit !
Malgré toutes les cases blanches sur ma fiche, les contrôleuses sanitaires n’ont toutefois pas sourcillé et j’ai franchi le barrage sans souci ni bakchich. Renseignement pris auprès de mes hôtes locaux, Madagascar est un véritable enfer vaccinaliste. Le pays obéit consciencieusement à tous les ukases de l’OMS et de l’UNICEF en imposant des vaccinations infantiles à la pelle. Avant l’âge de 14 semaines, les nourrissons doivent déjà avoir reçu trois doses du vaccin pentavalent contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B et l’Haemophilus influenzae de type b. La couverture vaccinale de base inclut aussi le BCG, trois doses de polio et une de rougeole. Mais ça, c’est la théorie. Dans la pratique, la population malgache est très rétive à l’immunisation artificielle.
Selon des données officielles, seuls 25 % des enfants sont complètement vaccinés avant leur premier anniversaire et près de 20 % n’ont reçu aucune piqûre ni vaccin oral. Le Covid ? Malgré les exhortations gouvernementales – après avoir préconisé l’artémisia, l’ancien président a en effet retourné sa veste et déclaré sa flamme au vaccin – moins de 10 % de la population s’est fiée aux injections expérimentales ! Avec ses 33 millions d’habitants, l’île n’a pourtant recensé que 1 428 décès imputés au virus dévastateur, cherchez l’erreur ! Malgré les efforts de Bill Gates et du GAVI (« l’alliance du vaccin » unissant états corrompus et firmes privées corruptrices), les vaccinations forcées sont particulièrement boudées dans les zones rurales pourtant sillonnées par les vaccinateurs itinérants. Les Malgaches que j’ai questionnés à ce sujet m’ont dit que la défiance envers les vaccins était profondément ancrée dans les mentalités et qu’elle n’était pas étrangère au bon sens paysan. Ici, on observe les faits avant de croire aux discours venus d’en haut !
N’est-ce pas en constatant que les enfants multivaccinés tombent malades et meurent davantage que les parents sont devenus à ce point suspicieux ? Et si elle était là, dans le lourd calendrier vaccinal, la principale explication de la surmortalité infantile ? Avec son taux très élevé de vaccino-réticence, Madagascar abrite un « groupe témoin » comme il n’en existe sans doute nulle part ailleurs. Ce pays constitue un précieux laboratoire qui permettrait facilement de savoir si la vaccination offre de réels avantages sanitaires. Encore faut-il chercher à le savoir. Ce qui est sûr, c’est que la pseudo-pandémie coronavirale a « oublié » l’Île rouge, en dépit d’une adhésion dérisoire à la piquouze. Dans les moins de 10 % de mougeons, il faut aussi compter les faux certificats de vaccination obtenus sous la table. Ainsi, l’amie agricultrice qui m’a invité à Mada a investi une part non négligeable de ses maigres ressources dans le graissage de pattes médicales pour mettre ses trois ados à l’abri des seringues…
Un rapport à la mort ambigu
Mea culpa : dans ma dernière lettre consacrée à la maladie d’Alzheimer, j’écrivais que ce fléau moderne était essentiellement l’apanage des pays industrialisés. C’était vrai au siècle dernier mais ce ne l’est plus aujourd’hui car « les pays à faible revenu », selon la terminologie de l’OMS, connaissent également une forte inflation de cette forme de démence sénile. À Madagascar, la prévalence de cette pathologie est estimée à 5,5 % chez les plus de 60 ans. Et comme les maisons de retraite y sont rarissimes, il est fréquent de croiser de vieilles personnes déboussolées qui errent dans les rues. Les médias locaux s’en indignent régulièrement en culpabilisant les familles impuissantes à séquestrer les aînés tout en pourvoyant à leurs besoins. Dans un paragraphe suivant, je formulerai l’hypothèse que l’évolution de l’alimentation n’est pas étrangère au marasme cognitif frappant un nombre croissant d’hommes et de femmes malgaches.
En apprenant que la dégénérescence cérébrale ne les épargne pas, je me suis demandé si l’ex-colonie française n’avait pas hérité du mal frappant la métropole, à savoir une peur maladive de la mort conduisant au « crépuscule de la raison » et à ce que j’ai appelé une « fuite en arrière ». Se pourrait-il que par contagion culturelle, le peuple malagasy adopte lui aussi la funeste habitude de se mentir, de nier l’inéluctable et d’occulter la mort, ce déni pouvant être décodé comme le ferment du suicide neuronal ? Renseignement pris, je faisais fausse route. À Madagascar, le rapport à la mort est très sain et très différent de celui prévalant en Occident. Quand une personne meurt, son cadavre est exposé durant trois jours et trois nuits dans sa demeure. Les proches et les voisins, enfants compris, peuvent s’en approcher, le toucher, le caresser et même le photographier ou le filmer. J’ai visionné des vidéos qui dérouteraient plus d’un Occidental habitué à se recueillir silencieusement devant un cercueil. Le jour des funérailles, la dépouille est seulement emballée dans un linceul pour être mise en pleine terre aux yeux de tous.
A priori, l’interprétation de la maladie d’Alzheimer comme rançon de la thanatophobie et comme solution psychobiologique à la hantise de mourir n’est donc pas valable dans ce coin d’Afrique. Sous cette latitude, aucune attitude ne trahit une quelconque appréhension devant la condition mortelle de l’être humain. La mort y fait partie de la vie, sans la moindre dissimulation ni abstraction. Néanmoins, une autre coutume insolite m’a interpelé. Chez de nombreux Malgaches et surtout chez les adeptes de la religion animiste, il est de règle d’exhumer les défunts tous les cinq ans et de les revêtir d’un nouveau suaire blanc avant de les réensevelir pour un nouveau lustre ! Cette cérémonie est conçue comme un hommage aux ancêtres et elle s’effectue assez joyeusement en musique. Il paraît qu’elle provient de Malaisie, où les squelettes exhumés, nettoyés et rhabillés, servent même de partenaires pour entamer des danses ! Et si ce devoir de mémoire ambigu et singulièrement morbide était lui aussi neuropathogène ? Et si, derrière ce souci d’honorer les ancêtres et de les ramener symboliquement parmi les vivants, se cachait une autre forme de phobie de la mort ? Je laisse aux ethnologues le soin de trancher mais j’en tire argument pour maintenir ma lecture d’Alzheimer : quand une société voue un culte au passé au point de déterrer les décédés à intervalle régulier, elle ne doit pas s’étonner de générer des « fuites en arrière ».
Un omnivorisme omniprésent
À vrai dire, je m’en doutais un peu beaucoup : le végétarisme est denrée très rare à Madagascar. Lorsque j’ai vu un jour à Bruxelles le Dr Tal Schaller et son épouse malgache se restaurer d’un plat de poisson alors qu’un menu végétarien était à la carte et que le médecin allait prononcer le lendemain une conférence vantant la diète végé, j’ai songé que le renoncement aux protéines animales devait être peu répandu dans l’île où le couple habitait la plupart du temps. Et de fait, l’alimentation y fait largement place aux produits animaux. Certes, le riz, les légumes et les légumineuses composent la base du régime alimentaire traditionnel. Certes aussi, on y cultive le soja et l’on y fabrique couramment son tofu. Certes encore, les plus démunis n’ont pas toujours les moyens d’ajouter des morceaux d’animal dans leur assiette privilégiant les denrées végétales. La malnutrition protéique, l’anémie et les carences vitamino-minérales fragilisent toujours une part considérable de la population, certaines sources évoquant un tiers des habitants. Entre un kilo de pommes de terre ou de haricots verts et un kilo de bœuf qui coûte dix fois plus cher, le prolétariat local n’a souvent pas le choix.
Il n’empêche que l’omnivorisme est omniprésent dans ce pays classé parmi les plus pauvres du monde, avec 75 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté national ou touchés par la précarité extrême. Même dans les huttes les plus modestes et les baraquements de tôle les moins confortables, les ménagères parviennent à préparer des repas avec présence de viande, de poisson de mer ou d’eau douce, de mollusques marins, de volaille ou d’œufs. Dans le ravitoto, plat emblématique malgache à base de riz et de feuilles de manioc pilées, surnagent des morceaux de porc bien gras. Idem dans le tsaramaso sy henakisoa, sorte de ragoût signifiant littéralement « haricots et viande de porc ». Partout à Madagascar, la viande est très valorisée culturellement et le zébu, dont la chair est absolument succulente, symbolise la richesse. En pleine expansion, le vol de bétail est d’ailleurs une tragédie menaçant les apports protéiques des plus humbles ne pouvant plus se payer ce luxe de moins en moins accessible.
Dès qu’ils en ont la possibilité pécuniaire, les habitants de Mada consomment de la bidoche ou du poisson et il n’y a que les vacanciers vegan pour s’enquérir de substituts insipides. J’ai assisté à pareille scène dans un petit resto rural et j’étais vraiment gêné pour ces touristes vouant le carnivorisme et le piscivorisme aux gémonies. Ils n’avaient vraiment pas l’air de comprendre que leur caprice d’Occidentaux gâtés bafouait les aspirations omnivores du petit peuple malgache. On cultive de tout à Madagascar et quantité de fruits tropicaux (mangue, papaye, jacque, noix de coco, etc.) poussent à l’état sauvage. Si le végétarisme et le frugivorisme présentaient un intérêt pour la santé, l’île en serait le paradis au lieu que ces deux approches soient cantonnées à la marginalité. Jamais le régime paléolithique ne m’a paru aussi bien fondé qu’à Madagascar, où subsiste d’ailleurs une petite peuplade chasseuse-cueilleuse. Du fond de sa forêt primaire, ce pays crie que l’Homme est fait pour consommer tout ce qui se mangeait originellement, avant l’invention de l’agriculture.
(à suivre)
Yves Rasir