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Suite et fin de mon article inspiré d’informations, d’expériences et de réflexions relatives à la santé et ramenées de mon récent séjour à Madagascar. Je vous en souhaite bonne et profitable lecture.

Une orgie de glucides

La semaine dernière, je concluais le premier volet de ce billet en soulignant que le peuple malgache est dans sa très grande majorité omnivore, qu’il aspire en tout cas à consommer des produits animaux avec leurs graisses, et que ce régime alimentaire aux accents paléo-cétogènes devrait être apprécié par les vazahas (étrangers) qui visitent ce vaste et beau pays. En côtoyant ses habitants et en mangeant avec eux, j’ai cependant observé que leur façon de s’alimenter est loin d’être idéale. Par exemple, ils recourent beaucoup aux huiles végétales pour cuisiner. Ce n’est pas trop grave pour l’huile d’arachide, qui résiste bien à la cuisson, mais c’est problématique pour les huiles de tournesol ou de soja non raffinées, dont le point de fumée (température à laquelle la matière grasse se décompose en substances nocives) est beaucoup moins élevé. Si j’étais à leur place, je jetterais plutôt mon dévolu sur l’huile de palme ou de coco, graisses saturées injustement diabolisées et facilement accessibles à Mada. Dans un petit hôtel où j’ai séjourné, j’ai aussi suggéré à la sympathique tenancière de frire les frites à la graisse de zébu, lipide qui abonde dans la bosse adipeuse du bovin emblématique et qui est couramment employé dans les plats traditionnels. Elle m’a promis d’essayer et je retournerai volontiers dans ce charmant établissement pour goûter les « french fries » à la belge ! La gastronomie malgache aurait tout intérêt à fuir l’art culinaire occidental excessivement favorable aux huiles végétales.

À mon avis, l’autre gros point faible des habitudes alimentaires locales est l’énorme consommation de riz. Cultivée presque partout à Madagascar, la céréale est servie systématiquement en accompagnement ou comme ingrédient principal. Parfois sous forme de soupe au petit déjeuner. J’ai été sidéré par les portions que peuvent enfourner les locaux. D’un côté, ça peut parfaitement se comprendre : ayant l’avantage de ne pas contenir de gluten, la graminée procure une quantité d’énergie à la fois très disponible et modérément glycémiante (index glycémique d’environ 70). C’est un carburant adapté au travail lourd et prolongé dans… les rizières. D’un autre côté, la plante constitue une hérésie nutritionnelle du fait qu’elle accumule de l’arsenic, poison redoutable, et du fait de sa charge glycémique globale, génératrice d’insulinorésistance. Coincée entre les influences asiatiques et occidentales, Madagascar n’a visiblement pas encore assimilé que les céréales et féculents sont loin d’être indispensables à l’équilibre alimentaire, et qu’ils sont même vecteurs des « maladies de civilisation » que sont les troubles métaboliques et les pathologies cardiovasculaires. Si elle se voit encore rarement chez les enfants et les adolescents, qui gardent la ligne en bougeant beaucoup, l’obésité est en nette progression chez les adultes malgaches. À ceux d’entre eux qui me liraient et aux Occidentaux toujours mystifiés par la glucomania, je recommande de se ré-informer grâce à l’En-quête de santé de Michel Drezen. Je conseille aussi vivement la lecture de l’avant-dernière lettre de mon confrère et ami Xavier Bazin : au 19e siècle déjà, un médecin français avait compris comment l’approche cétogène pouvait inverser et guérir le diabète !

Un « cola » à remplacer d’urgence

Entre autres effets désirables, les régimes kéto ou « low carb » diminuent les envies d’amidons et sucres. Moins on consomme de glucides, plus on parvient à s’en passer. Je peux en témoigner, moi qui suis devenu un tout petit mangeur depuis que je mange cétogène. Moins je consomme de céréales et de féculents, moins j’en suis friand. À l’inverse, les orgies glucidiques sont un cercle vicieux amenant à se « glucoser » toujours davantage et à rechercher la saveur sucrée. Non contents de se gaver de riz, les habitants de Madagascar sont aussi grands amateurs de saccharose, de fructose et d’édulcorants chimiques ! Les sucres naturels, ils les trouvent bien sûr dans les fruits (la banane se vend à tous les coins de rue), les délicieux jus de fruits (ananas, mangue, corossol…) et la canne à sucre, dont le jus frais est pressé en direct par des marchands ambulants. Sous forme cristallisée, le sucre de canne est sur toutes les tables et se consomme de manière quasi addictive. Cette quête de douceur est à mon avis largement inconsciente, dictée par des conditions de vie très dures et encore dégradées par une gestion politique calamiteuse.

Mais que viennent faire les faux sucres dans cette île qui est aussi importatrice de sucre de canne, qui produit par ailleurs de la stévia et qui pourrait produire du sucre de fleur de coco ? C’est un mystère qui s’explique encore une fois par des facteurs économiques : les édulcorants chimiques sucrent plus intensément et reviennent moins cher que les sucres naturels. C’est pourquoi les fabricants africains de boissons, snacks et confiseries utilisent les premiers à grande échelle. La présence d’aspartame, de sucralose ou d’acésulfame-K ne se limite pas aux produits light, elle est courante aux côtés du sucre de canne ! Je me suis rendu compte de cette absurdité en examinant l’étiquette d’une bouteille de World Cola, un soda omniprésent à Mada. C’est une assez belle histoire que celle de cette boisson gazeuse développée par le groupe français Castel pour damer le pion à Coca-Cola, son ex-partenaire en Afrique. Mais sa composition est une horreur puisqu’elle ne contient même pas de noix de cola (juste son arôme, comme chez ses rivaux américains), que sa couleur sombre est due également à un colorant et qu’elle renferme à la fois du sucre et trois édulcorants différents. Bonjour les dégâts sur le cerveau et le pancréas de ses consommateurs réguliers !

Ce produit malsain est malheureusement très populaire chez les jeunes Malgaches. Sur la terrasse où je faisais ce constat amer, j’ai réfléchi tout haut et j’ai lancé à mon amie cultivatrice l’idée de développer un soda stimulant 100 % naturel contenant du vrai cola et, en remplacement de la feuille de coca décocaïsée dont la firme d’Atlanta s’est arrogé le monopole, un fruit savoureusement acidulé qui abonde à Madagascar. Elle a trouvé l’idée excellente, en a parlé à sa fille diplômée en technique agricole, et nous voilà tous les trois lancés dans ce projet un peu fou ! Nous en sommes seulement au stade de l’élaboration de la recette, les essais ne sont pas encore lancés et l’équipement nécessaire n’est pas encore rassemblé. Mais nous croyons dur comme fer à la faisabilité du projet et à la possibilité d’intéresser un industriel soucieux de la santé de ses clients. Le fruit dont je tais pour le moment le nom est en effet doté de nombreuses vertus pour le système digestif et le bien-être général ! Si vous avez envie de soutenir cette initiative téméraire mais potentiellement révolutionnaire pour Madagascar, rendez-vous en bas d’article sous ma signature.

Une turista retardée et une grippette synchrone

La turista, autrement dit la diarrhée du voyageur contractée à l’étranger lors de l’ingestion d’eau ou d’aliments, je sais ce que c’est ! Quand j’avais 18 ans, j’ai voyagé sac au dos au Maroc en empruntant les moyens de transport les plus économiques, notamment les wagons ferroviaires de 3e classe (sic) et les autobus reliant les villes principales. À l’époque, ces véhicules motorisés étaient de vieux autocars de 60 places dans lesquels s’entassaient au moins 100 personnes. Circulant lentement sous un soleil de plomb, ils faisaient halte dans des bourgades où des gamins en haillons proposaient contre quelques piécettes une rasade d’eau dans des gobelets en fer blanc. Un jour que je voyageais de Fez à Meknès, je n’ai pas résisté à la tentation et j’ai étanché ma soif en saisissant l’un de ces récipients. Mal m’en a pris : la gastro-entérite aiguë s’est déclenchée rapidement et j’ai dû m’arrêter dans une auberge où, trois jours durant, je me suis vidé complètement. J’ai cru que j’allais mourir et j’avais même fait une photo de moi à côté des toilettes, comptant sur ce cliché pour faire comprendre la cause de mon décès. Après 72 heures de vidange, j’étais cependant rétabli et je pouvais reprendre mon périple.

La turista n’est pas une maladie. C’est un symptôme témoignant de l’inévitable adaptation du microbiote intestinal à un univers microbien très différent du sien. Via une bonne chiasse, les bactéries locales chassent et remplacent les souches fraîchement arrivées. Lors de ses séminaires, le Dr Hamer expliquait que l’adaptation se fait imperceptiblement lorsque l’être humain se déplace à pied, au rythme de 5 kilomètres à l’heure. Les pèlerins et les touristes pédestres n’ont pas de souci à se faire pour leur équilibre intestinal. En revanche, les tripes protestent dès que le déplacement est plus rapide, en voiture, en bateau et bien sûr en avion. La nature n’a pas prévu les migrations modernes d’Homo sapiens, le transport aérien étant évidemment le plus perturbant pour les intestins. Une copine péruvienne résidant depuis 30 ans en Belgique est récemment retournée au Pérou et s’est farci une turista d’enfer, signe que ses boyaux occidentalisés devaient réapprendre à fréquenter les microbes sud-américains. Si les circonstances psycho-émotionnelles ajoutent des difficultés d’adaptation, la diarrhée procure encore plus sûrement sa solution biologique intelligente. La seule manière de conserver des selles solides, c’est d’éviter provisoirement les aliments crus (hormis les fruits épluchés) et les eaux à la pureté douteuse.

C’est ce que j’ai fait pendant une décade mais j’ai commis une imprudence le onzième jour en dégustant un cocktail rempli de glaçons. Durant la nuit et le lendemain, j’ai squatté le trône à la demande pressante de mes intestins. Ma mésaventure était cependant bénigne à côté de celle d’un jeune coopérant français rencontré lors d’une excursion à la magnifique mer d’Émeraude. Il m’a raconté avoir voulu s’intégrer à toute vitesse en mangeant de tout et en buvant l’eau du robinet ou l’eau du puits. Résultat : une gastro spectaculaire avec forte fièvre, déshydratation et cure d’antibios très nécessaire. Le jeune homme m’a également confié son étonnement d’avoir développé trois fois la grippe en moins de 6 mois, ce qui me semble à la réflexion assez normal. Au même titre que le microbiote intestinal, la flore bactérienne pulmonaire doit aussi s’adapter à un nouvel environnement ou à des agressions inédites. On l’a bien vu avec la grippe covid, l’infection respiratoire étant clairement corrélée à des désordres intestinaux. Moi aussi, j’ai développé un rhume virant à la grippette lorsque mes entrailles ont commencé à regimber. Les jours précédents, j’avais été considérablement incommodé par la pollution automobile régnant dans les grandes villes malgaches. Là-bas, la plupart des bagnoles ont plus de 50 ans et les pots d’échappement recrachent des fumées auxquelles un Européen n’est plus habitué. En outre, la gestion des ordures est très lacunaire à Madagascar. Les habitants se débarrassent souvent de leurs déchets en allumant des feux dans lesquels ils jettent n’importe quoi. Une fois, j’y ai même vu des piles en train de brûler. Bonjour les intoxications aux métaux lourds et les syndromes grippaux qui en résultent !

Une paluphobie injustifiée

À en croire les autorités sanitaires internationales et les guides touristiques – les livres, pas les sympathiques accompagnateurs locaux –, Madagascar est un gigantesque traquenard où des myriades de virus, bactéries et parasites guettent le visiteur pour l’assaillir ou persécutent l’autochtone en permanence. De la peste au choléra en passant par la dengue, le chikungunya, la typhoïde, la tuberculose, la bilharziose, les hépatites ou même la rage, les maladies infectieuses seraient consubstantielles à la Grande île. Cette vision catastrophiste et fataliste occulte soigneusement le fait que la misère, la malnutrition et l’hygiène précaire peuvent parfaitement suffire à expliquer les maux dont souffrent une partie de la population malgache. Parmi les épouvantails préférés de l’establishment médical, la malaria (ou paludisme) figure en tête de gondole : imputée au Plasmodium, parasite unicellulaire transmis par les moustiques, ce fléau attise particulièrement les appétits de Big Pharma puisqu’il justifie à la fois le développement de vaccins, de médicaments et d’insecticides. La perspective de profits colossaux ne peut qu’inciter à entretenir la peur et à noircir le tableau.

Qu’en est-il réellement ? Selon une source fiable et volontiers alarmiste, il y a eu 3 898 569 cas de paludisme en 2024 à Madagascar. C’est beaucoup mais c’est à relativiser car le nombre de décès enregistrés la même année est de 564 individus, la plupart des enfants en bas âge et de très jeunes femmes enceintes. Avec un taux de létalité de 0,0145 % (une issue fatale sur 6 912 cas), le spectre n’est donc plus très effrayant. D’autant moins effrayant que la méthode diagnostique prête à discussion : pour conclure au palu, on utilise là-bas un test rapide, le TDR, qui consiste à prélever une goutte de sang et à la faire réagir à une protéine censée être l’apanage du Plasmodium. Nous avons là un bel exemple de raisonnement circulaire brocardé par Pierre Chaillot : face à un tableau clinique peu spécifique (fièvre élevée, grosse fatigue, céphalées, détresse respiratoire…), on détecte aléatoirement la présence d’un germe. On en déduit ensuite que le germe est forcément la cause puisque le test est souvent positif chez la personne malade. Même sans remettre en cause la méthode de dépistage ni contester ses postulats pasteuriens, il va de soi que la malaria à Mada se résume essentiellement à une épidémie de cas. Rien de neuf sous le soleil radieux du business pharmacratique et de ses outils de diagnostic foireux.

En plus des tests et en attendant les pactoles hypothétiques fournis par les vaccins et les insectes transgéniques stérilisés, l’industrie de la maladie s’enrichit actuellement avec les médicaments et les insecticides. Dès qu’ils sont diagnostiqués, les patients malgaches sont en effet poussés à consommer des médocs à base d’artémisinine, le principe actif de la plante Artemisia. Et en prévention, les rizières sont massivement pulvérisées tandis que la quasi-totalité de la population dort sous un moustiquaire imprégné d’insecticide. De l’aveu même des autorités sanitaires, ces méthodes se heurtent à la biorésistance du parasite et à celle des anophèles. Cela est si vrai que les moustiquaires subissent désormais une « double imprégnation » de biocide chimique. À quand une troisième et une quatrième dose ? Au lieu de mener cette guerre biocidaire perdue d’avance, les pays touchés par le paludisme feraient bien de (re)visionner le formidable film Malaria business, du réalisateur belge Bernard Crutzen. On y explique notamment que la tisane d’Artemisia protège et soigne sans engendrer de résistance et que ce n’est même pas l’artémisinine qui explique le succès de la plante. Pour preuve, la variété Artemisia afra (armoise africaine) n’en contient pas et s’avère tout aussi efficace ! En interrogeant des gens, j’ai découvert que d’autres remèdes naturels sont d’usage assez courant à Madagascar, notamment la feuille de papayer et celle de ravintsara en infusion. Mais évidemment, cette pharmacopée traditionnelle est décriée pour son manque de preuves scientifiques.

Perso, je suis allé là-bas en toute insouciance, je n’ai même pas fait une cure d’Artemisia avant de partir. J’avais juste emporté un répulsif aux huiles essentielles qui ne m’a pas empêché d’être piqué plusieurs fois sans conséquence fâcheuse. Il est vrai que depuis la grande mascarade covidienne, je me sens immunisé contre les phobies irrationnelles. Je retournerai sans doute à Mada en toute sérénité, ce pays est trop beau et ses habitants trop attachants pour mériter sa fausse réputation de bouillon de cultures pathogènes. Je vous invite aussi à y aller car cette île plus grande que la France dispose d’un énorme atout attractif : elle s’est préservée du tourisme de masse et de l’avidité des promoteurs immobiliers, si bien que les infrastructures à taille humaine n’enlaidissent que très peu ses côtes et paysages. D’ailleurs, Madagascar vient de remporter pour la première fois le titre de « meilleure destination nature de l’océan Indien » lors de la cérémonie des World Travel Awards 2026. Autant que je puisse en juger après un trop court séjour, cette récompense est loin d’être usurpée.

Yves Rasir

PS : Comme je l’explique ci-dessus, mon amie malgache, sa fille et moi nous sommes lancé le défi un peu fou de mettre au point un nouveau soda à base de cola et d’un fruit local rappelant le goût et la couleur du Coca, nouvelle boisson pétillante qui serait de surcroît dotée de vertus thérapeutiques. Nous avons baptisé ce projet « Mada Cola ». À l’heure actuelle, nous avons déjà rassemblé une partie du matériel indispensable et établi la liste des matières premières nécessaires aux essais. L’ambition n’est pas d’aller jusqu’à la production de cette boisson mais d’inventer une recette qui pourrait intéresser un producteur et faire un tabac à Madagascar et ailleurs. À la grosse louche, j’ai évalué à 5 000 € les moyens nécessaires pour mener les tests et parvenir à un résultat, ce dernier n’étant cependant pas garanti. Si l’envie vous vient de soutenir ce projet, sachez que vous pouvez effectuer un don sur le compte IBAN suivant : BE27 3104 5146 5873. C’est un compte à mon nom mais je l’affecte exclusivement à l’initiative Mada Cola. Les plus petits coups de pouce seront les bienvenus et l’argent récolté sera, croyez-moi, bien utilisé. Lors du virement, j’invite les contributeurs à mettre en communication leur adresse mail. Ils seront ainsi régulièrement tenus au courant de l’avancement du projet. Merci d’avance pour votre soutien !

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